Pour faire mon service militaire, j’étais infirmier à l’hôpital militaire de Dijon. Ma seule compétence : faire une piqûre et un pansement qui tienne.
En novembre 1953, Jacques VENZON arrive sur une civière, blessé à Dien Bien Fu en Indochine après avoir sauté sur une mine anti- personnelle. Les dégâts sont tellement graves que les médecins le déclarent grabataire à vie.
Des éclats de mine dans le bassin, le fémur fracturé en plusieurs endroits et surtout, plus de chair, plus de muscle.
Impossible de marcher seul.

Le courant passe entre nous et souvent, je l’invitais à venir visiter avec moi dans d’autres salles pour distraire les copains et lui apprendre à servir.
En mai 54, le commandant me dit : « Jaccard, accompagnez Venzon chez lui à Thionville ». Nous nous disons « au revoir » sans garder de contact.
Un mois plus tard, pour lui changer les idées, son aumônier lui propose le pèlerinage militaire de Lourdes.
Jacques n’a pas la foi mais le voyage, il l’accepte. Il m’appelait « l’apprenti curé et souvent me disait : « fous moi la paix avec tes bondieuseries, apprenti curé »
De mon côté avec des copains, nous partons aussi à Lourdes au pèlerinage militaire du mois de juin 1954. En parcourant une salle de 40 malades
Sur qui est ce que je tombe ? Mon Jacques.
– « Jacques qu’est-ce que tu fous ici ? »
– « Et toi ? Écoute je suis venu me changer les idées car j’en ai marre de voir les mouches au plafond »
(Jacques était toujours couché sur une table roulante. Il ne pouvait même pas s’habiller lui-même.)
Va me chercher un brancard pour qu’on aille se promener en ville.
Premier café : café cognac
Deuxième café : café cognac
Troisième café : café cognac
Les deux copains qui étaient avec lui le laissent et je me retrouve seul avec Jacques.
J’avance un peu plus : « Tu sais Jacques, ici il y a un rocher qui est plus poli que les joues de ta femme »
– « Ne me fous pas là-dedans »
Il voulait pas que les copains se moquent de lui en le voyant aller à la grotte.
En passant par le Gave, il passerait inaperçu. Nous voilà à la grotte. Je lui explique :
– « Tu sais Maman Marie a mis ses pieds ici à 1m50 »
Il touchait le rocher médusé. Il avait les yeux grands ouverts.
« Puis il y a une source. La Sainte Vierge a demandé à Bernadette de gratter la terre et de boire et de se laver avec cette eau. Puis elle a fait jaillir une source »
Je lui ai dit « Jacques, il fait chaud, viens on va se baigner. Marie nous a donné de l’eau
Qui ne dit pas non consent. Je l’ai emmené. En attendant que les piscines ouvrent j’ai dit à Jesus « Écoute tu as un gros poisson, fais quelque chose »
Nous l’avons préparé. Les brancardiers l’ont pris par les aisselles. Puis devant la piscine, ils lui ont demandé « Voulez-vous lire la prière »
– « j’sais pas lire » Adjudant-chef !
– « Voulez-vous qu’on vous baigne entièrement »
– « J’ai une infirmière qui me lave mieux que vous »
Ni une, ni deux, ils l’ont plongé Quand il est entré dans l’eau, elle était chaude.
En sortant je lui donne un verre de cette eau qui ne se change qu’une fois apr jour. « Bois Jacques, c’est l’eau de Maman, elle est miraculeuse »
Il boit.
Au moment de remonter, à la deuxième marche, il s’est écrié : « Lâchez moi je marche tout seul ». Nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre. Il pleurait et disait « pourquoi moi qui n’ai APS la foi t et pas les autres qui sont croyants »
Je lui ai dit « Laisse faire Maman Jacques, elle t’aime »
Je l’ai remis sur la civière pour tromper les pèlerins. Le docteur Pélissier sur le disque du centenaire de Lourdes témoigne que c’est le miracle qui l’a le plus impressionné.
EN voyant les radios de Jacques, , il dit à jacques « ce ne sont pas vos radios, ce n’est pas possible, vous ne pouvez pas marcher avec ces radios »
– « Si docteur, c’est mes radios »
– « Non, ce ne sont pas vos radios. Recommencez »
On recommence les radios et c’était les mêmes.
Le docteur s’écrie « vous ne pouvez pas marcher avec ces radios »
Réponse de Jacques :« Docteur, avec vos radios, je ne peux pas marcher mais avec Marie ça marche bien ».
Sa jambe avait explosé, il n’avait plus de muscle., des éclats de mines dans le bassin, le fémur cassé en deux endroits. Il ne pouvait même pas s’habiller lui-même.
Après sa guérison, Jacques est reparti quinze jours plus tard dans les troupes aéroportées d’Algérie comme parachutiste
Il a vécu encore 45 ans après sa guérison et témoignait. Aux gens qui ne le croyaient pas , il disait « venez voir ma cuisse. C’est du remplissage » et il faisait toucher sa cuisse. On touchait l’os. A Lourdes devant 35 médecins et devant sœur Anne Marie qui témoigne 28 ans après : « sa cuisse gauche a repris le volume de la cuisse droite. »
Au festival de Besançon, il chantait toujours l’Ave Maria si fort qu’avec sa voix de baryton, les hauts parleurs ne pouvaient plus porter sa voix. Jésus je ne sais pas si je le connais bien mais Marie n’y touchez pas. C’est ma Maman !


