
Monsieur Tchang est un lépreux chinois qui vit dans une grande léproserie du Vietnam.
En 1992, le gouvernement communiste du Vietnam, nous avait demandé d’aller travailler dans le nord où se trouvait plusieurs léproseries.
Arrivés dans l’une d’elles, quel ne fut pas notre étonnement devant le nombre de lépreux amputés que nous croisons sans prothèses !
Nous proposons au directeur :
– Demain matin, nous aimerions que tous les lépreux amputés soient présents.
Dès 7 heures, 70 lépreux nous attendaient, tous assis par terre. Quel panorama ! Le travail ne manquera pas. Que faire devant cette foule ?
Quinze avaient les deux jambes coupées et 40 étaient amputés d’une seule jambe. Il fallait choisir un jeune pour montrer à tous qu’on peut très bien marcher avec un petit appareil, sans canne, sans béquille et sans bâtons. Il faut trois heures pour fabriquer une prothèse.
Nous saluons une première personne, une grand-mère qui nous regarde émerveillée, mais un peu anxieuse de savoir ce qu’on va faire d’elle. Nous la rassurons :
-Grand-mère, tu vas marcher très bien.
A côté d’elle, un jeune retient notre attention. Il a un beau visage et un beau sourire.
Pierre lui dit :
-Avec un stagiaire, tu vas apprendre à fabriquer ta jambe artificielle et vers 11h30, demain matin tu sauteras au plafond devant tes frères, tellement tu seras heureux. Et puis, tu mettras au cœur de tes frères une grande espérance pour leur montrer qu’eux aussi bientôt, ils pourront marcher comme toi.
–Non, je ne veux pas.
Sa réponse est déterminée et il nous déconcerte.
–Tu ne veux pas ? Pourquoi ?
–Non, je ne veux pas.
-Mais çà ne fait pas mal d’avoir une jambe artificielle.
-Non, non, je ne veux pas.
Alors là ! Nous nous tournons vers le traducteur pour essayer de comprendre :
–Demande-lui donc pourquoi il ne veut pas être par le premier ?
Il ne veut pas dire. Il a un secret.
Comme on ne se laisse pas démonter, nous insistons. Et c’est alors qu’il nous a livré son secret, une des plus belles choses que nous avons entendues.
Un parcours catéchuménal solide
-Dans cette grande léproserie il n’y a que des bouddhistes. Nous sommes seulement cinq chrétiens. Et je suis le dernier à avoir demandé le baptême. Quand j’ai voulu être baptisé, l’Evêque m’a dit :
–Je vais d’abord t’apporter un petit livre. Tu le liras et le relira tous les jours. S’il est abîmé, je t’en apporterai un autre. Et pendant cinq ans tu vas lire et relire ce petit livre qui est l’Evangile. Après cinq ans, je viendrai et je te poserai deux questions. Si tu réponds bien, je te baptiserai.
La première : Est-ce que tu veux être chrétien ?
Si tu le veux vraiment, tu pourras répondre à la seconde question : pourquoi est-ce que tu veux être chrétien ?
Après cinq ans, l’Evêque est venu et m’a posé ces questions.
-Oui, oui ,oui je veux être chrétien et pourquoi ?
Alors écoutez cette belle réponse que nous n’avons pas appris dans des livres, mais qui nous est livrée par un pauvre, un lépreux à la frontière de la Chine :
–Je veux être chrétien parce que je veux être comme Jésus.
À force de lire, l’Évangile, je me suis aperçu que si Jésus était à ma place, il aurait voulu être appareillé le dernier. Je veux être appareillé le dernier pour être comme Jésus.
Notre frère Tchang est vraiment entré dans le cœur de Jésus par l’Évangile. Il nous a appris que tout est dans l’Évangile et qu’ être baptisé c’est devenir comme Jésus quelque soit ce que l’on nous propose.
Etre baptisé, c’est Etre comme Jésus et le suivre, avec un esprit nouveau et libre dans tous les détails de notre vie ici-bàs pour entrer dans le cœur du Père au Ciel par Marie.
Père Raymond Jaccard


