VÉRONIQUE LA LÉPREUSE

La Valbonne 1972,

LE CHOC

En 1972, Raymond qui vit au Cameroun reçoit une lettre venant d’ Espagne: « Crois tu que nous pourrions vivre ensemble la vie de Nazareth au milieu des plus pauvres? »

Sa réponse ne tarde pas: « Viens vite Pierre mais avant, va faire un stage dans une léproserie pour t’apprivoiser avec les lépreux ».
Je pars à la  Valbonne une ancienne chartreuse près de Nîmes où se trouve une léproserie. 

 et pourtant la première fois que je l’ai vue, moi aussi, j’ai détourné la tête. Un jour, en fin d’après midi, j’arrive au centre et demande au directeur de pouvoir travailler dans un service comme garçon de salle. Le lendemain, à 8h du matin muni d’un balai et du matériel d’entretien, j’arrive devant la porte N°1 du service des lépreux très handicapés. Je frappe. Une voix de femme me répond. J’entre. Quelle n’est pas ma surprise ?Au fond d’un lit se trouve un véritable monstre : deux cavités à la place des yeux. Peu de cheveux.  Le visage boursouflé et disproportionné. Des bras énormes et des mains gonflées et repliées. C’est trop pour moi.

Je sors dans le couloir et appuyé au mur, des sueurs froides perlent sur le front. Ma journée se passe à m’évader. Je vais écrire à Raymond pour lui dire que je ne pourrai jamais le rejoindre auprès des  lépreux mais auparavant , je veux aller demande pardon à cette personne que j’ai dû blesser par mon attitude.

Le lendemain matin, je recommence la même démarche. Ma surprise est grande.  La malade a quitté le lit. Sa vieille maman me dit avec douceur : « Vous pouvez balayer la pièce. Ma fille est dans la chambre voisine. Nous nous sommes bien rendus compte hier de votre peur. Alors sans réfléchir, j’ai dit à la vieille dame : « Je veux absolument dire bonjour à votre fille. Hier, je l’ai blessée par mon attitude ». 
Quelle surprise en ouvrant  la porte  où se trouvait sa fille,  Véronique. Ce qu’elle me dit me surprend beaucoup et pourtant je ne rêve pas. 

« Mon Père, nos vies se croisent et ne se sépareront plus » 

VÉRONIQUE LA LÉPREUSE

REGARDE L’AUTRE AVEC UNE INFINIE TENDRESSE

PÈRE PIERRE, VÉRONIQUE, SA MAMAN

Véronique  malade depuis 48 ans était atteinte d’une lèpre virulente la plus contagieuse.  Le médecin lui avait administré toute la gamme possible des médicaments spécifiques de la lèpre depuis l’huile de chaulmoogra jusqu’au lamprène. La maladie avait miné son corps et fait d’elle une grande handicapée devant qui les hommes se voilent le visage. 

J’ai aimé beaucoup Véronique. Pendant le temps que je passe dans ce centre , après mon travail le soir, c’est chez elle que je célèbre l’eucharistie avec Véronique et sa maman. Je mange avec elles. C’est avec une infinie tendresse que j’écoute la belle histoire de celle qui me dira souvent en plaisantant : « Ecoute mon fils, il faut que tu saches ceci sur notre maladie, il faut que tu connaisses le caractère des lépreux. Ne t’étonne jamais de nos réactions profondes qui sont dues à notre état de déficience nerveuse »

La qualité d’âme de celle qui m’a formé transpire dans sa prière appelée « la prière de Véronique »

Nous parlons d’elle comme de la fleur merveilleuse qui s’est ouverte, développée et épanouie dans un monde de violence, de peur, de rejet et de  souffrance. Elle nous surtout fait découvrir qu’au delà d’un corps mutilé et répugnant, les valeurs les plus profondes de l’homme sont celle qui expriment les vraies richesses du cœur. 

LA PRIÈRE DE VÉRONIQUE

Seigneur, tu es venu, tu m’as tout demandé `et je t’ai tout donné.
J’aimais la lecture et maintenant je suis aveugle.
J’aimais courir dans les bois et maintenant mes jambes sont paralysées.
J’aimais cueillir les fleurs au soleil du printemps et je n’ai plus de mains.
Parce que je suis femme, j’aimais regarder la beauté de mes cheveux, la finesse de mes doigts, la grâce de mon corps : à présent, je suis presque chauve et à la place de mes beaux doigts fins, il ne me reste plus que des morceaux de bois rigides.

Regarde, Seigneur, comme mon corps gracieux est abîmé.
Mais je ne me révolte pas. Je te rends grâce. Toute l’Eternité je te dirai MERCI car si je meurs cette nuit, je sais que ma vie a été merveilleusement bien remplie.
En vivant l’Amour, j’ai été comblée bien au-delà de ce que mon cœur désirait, O mon Père.
Comme tu as été bon pour ta petite Véronique et ce soir, O mon Amour, je te prie pour les lépreux du monde entier.

Je te prie surtout pour ceux que la lèpre morale abat, détruit, mutile et terrasse. Ceux-là surtout, je les aime, et je m’offre en silence pour eux, car ils sont mes frères et sœurs.
O mon Amour, je te donne ma lèpre physique pour qu’ils ne connaissent plus le dégoût, l’amertume et la froideur de leur lèpre morale.

Je suis ta petite fille, Ô mon Père, conduis-moi par la main, comme une maman conduit son bébé.
Presse-moi sur ton cœur comme un Père.
Plonge-moi dans l’abîme de ton cœur et que j’y demeure avec tous ceux que j’aime durant toute l’Eternité.

Je me trouvais  devant une grande sainte comme Raymond avec le Petit Robert.

PÈRE RAYMND ET VÉRONIQUEcreenshot