1983 Manille Philippines
« Arrêtez de pleurer nos bien -aimés du ciel. Ils sont là avec nous, vous ne voyez pas ? » s’exclame père Raymond. Ecoutez ce qui nous est arrivé.
Pierre raconte :
-Après une conférence à Winnipeg au Canada, une religieuse nous demande de venir à Manille faire un stage pour les petits enfants handicapés. Elle fixe le rendez-vous : un jour, une heure, une adresse.
Nous lui assurons de notre venue quelques semaines plus tard.
Nous profitons d’un stage d’appareillage à Bangkok avec l’équipe d’handicap international, pour nous envoler aux Philippines.
Dans l’avion pour Manille, Raymond se met à dormir profondément. Ne trouvant pas l’adresse, je réveille mon frère :
-Où allons-nous ?
-A Manille !
– Oui et puis où ?
– C’est dans le sac !
Me voici à fouiller le sac de fond en comble. Je le vide complètement. Pas de carnet. Raymond fait de même.
– On l’a oublié à Bangkok.
Et il se remet à dormir.
INTERVENTION SPÉCIALE

Alors, là ! Il fallait une intervention spéciale !
Notre Maman Simone qui était une sainte était partie vers le Seigneur cinq ans auparavant et nous la pleurions encore. Nous nous aimions tellement Maman Simone.
On lui a dit : « Fais quelque chose pour nous »
Nous nous embarquons dans la longue file des taxis par une de ces chaleurs !
Le chauffeur nous demande :
-Où est-ce que vous allez ?
-Nous ne savons pas.
On avait l’air malin !
-Mais vous allez où ?
Dans le camp à Bangkok, nous avions rencontré des infirmiers de l’hôpital de Lourdes à Manille.
-Ben..euh…On nous parlé de l’hôpital Notre Dame de Lourdes.
-Bon d’accord.
Arrivés à l’hôpital, nous allons vers le gardien :
-Nous cherchons une soeur espagnole. Il nous envoie vers la supérieure des sœurs.
Nous voilà bien embarrassés à lui dire que nous ne savons pas qui nous venons voir, que c’est une sœur espagnole qui nous a invités et nous ne savons plus qui c’est…
On était dans de beaux draps.
La supérieure nous répond qu’il y a une sœur espagnole en clôture et qu’elle est malade.
Elle nous conduit jusqu’à la porte de la sœur et nous frappons. Pas de réponse. Nous frappons plus fort. Toujours aucune réaction. On se hasarde à ouvrir la porte et nous voyons la sœur sur son lit en train de faire la sieste le chapelet à la main.
-Hmmm hmmmm faisons- nous pour la réveiller
Aucune réaction. Elle dort à poings fermés.
Nous reprenons un peu plus fort :
-Hmm hmmm…
Alors Raymond commence à prendre un orteil de la sœur et à le remuer. La pauvre sœur, quand elle a vu deux hommes dans sa chambre, elle en a perdu son chapelet et son espagnol.
Sans insister, nous redescendons tous les étages et demandons au steward un bottin de téléphone pour regarder les communautés religieuses. En ouvrant le bottin, le réceptionniste précise qu’il y en a plus de 3000 rien qu’à Manille.
Le bottin est ouvert et il y en a des pages et des pages.
– Maman Simone, va falloir frapper fort !
En regardant ailleurs, je pointe mon index sur un numéro et je dis à la personne :
-Appelez là bas !
Il s’exécute en disant qu’il y a ici deux prêtres français pour commencer un stage demain matin pour de petits enfants handicapés.
Réponse de la sœur au bout du fil :
-Cette sœur-là est arrivée chez nous ce matin pour faire une journée de prière avant le stage demain avec les deux prêtres français.Nous sommes stupéfaits.
LE CIEL EST AUX COMMANDES

Un taxi nous emmène dans cette école en question. C’est un quartier chic. Mais voilà que le portail d’entrée est fermé car nous sommes en période de vacances scolaires.
Mais le chauffeur connaît bien les astuces et finit par reculer un peu dans une petite rue perpendiculaire. Là, une petite porte d’entrée sonne sur la cour.
En sortant de la voiture après toutes ces péripéties, nous levons les yeux pour regarder le nom de cette petite ruelle…: « Rue Simone », le nom de notre chère Maman partie au ciel cinq ans auparavant.
Alors, nos larmes se sont définitivement taries tant nous savions qu’elle était avec nous.
Peu avant son départ, le Père Raymond s’est exclamé à deux personnes de passage: « Mais arrêtez donc de pleurer vos bien-aimés. Ils sont là avec nous. Vous ne les voyez pas! Mais il sont là!