CHEF CLAUDE

Lyon 1948

Pierre au service militaire

Pour mon service armé, je suis envoyé à Lyon à l’école d’officier.

Je rejoins  ma place au dortoir et assis sur mon lit je me mets à coudre mes galons sur les uniformes. 

A côté de moi, un jeune semble bien embarassé ne cachant comment enfiler l’aiguille. Je vois bien que jamais il n’a pris une aiguille dans sa main. Il a certainement une maman qui fait tout pour lui.

Je lui demande : « Comment t’appelles-tu ? Est ce que je peux t’aider ? »

Ma proposition le soulage  et nous commençons la conversation pour faire connaissance.

Nous devenons amis et Claude me raconte  sa vie.  Une merveille d’amour. Déjà à 5 ans il affirmait que Dieu n’existait pas.   Son papa était catholique non pratiquant et sa maman de famille juive.  Son père était rabbin. Une sœur venue faire des piqûres au grand père lui parle de Jésus. Elle veut en savoir plus pour se faire baptiser la veille du baptême de Claude.

Un jour, la foi descendit  aussi dans  l’âme d’enfant de Claude. Un bouleversement. 

Sa maman lui explique le sens du signe de croix. Toute sa vie, Claude fera avec un exceptionnel sérieux le signe de la croix, dans un geste large et réfléchi  qui rappellera celui de Bernadette. Claude ne faisait rien à demi et quand je le voyais prier, il y  mettait tout son coeur.
 

UN AMI VÉRITABLE

Pendant tout le mois d’octobre, nous disons notre rosaire, un chapelet le matin, un à midi et un le soir.  Plus que tout, nous préférons les hauts lieux choisis par Marie : La Salette, Lourdes.

Marie, Claude l’ aime d’un amour sincère et fort , d’un amour d’enfant. Elle déverse des torrents de grâce dans son cœur. Il veut lui consacrer toute sa vie pour mieux  la faire connaître dans  sa médiation universelle de toute grâce.

Il n’a qu’un souci : poursuivre sa montée spirituelle et humaine. «J’ai la volonté inébranlable de devenir un saint à quelque prix que ce soit non pour ma gloire mais afin d’arracher au Père des grâces pour mes frères.

Il ajoute « l’armée a fait de moi un homme nouveau.

Il voit l’ effet de la prière quotidienne : la messe du matin et le rosaire quotidien portent du fruit »

Pour la première fois, le souci des âmes me brûlait d’un feu qui s’amplifie  chaque jour et dont je souhaite qu’il m’embrase tout entier. Que j’ai de plus en plus un cœur tourmenté de la gloire de Jésus Christ blessé de son amour et dont la plaie ne guérisse qu’au ciel Il étudie la philos au séminaire des Carmes. Ce parcours vers le sacerdoce a soudé notre amitié. 

Pendant ces trois mois de service militaire ensemble, nous assistons ensemble à la messe, communions. 

Son professeur de philosophie l’invite à compléter sa thèse sur la psychologie des garçons en ajoutant un chapitre sur la psychologie des filles. Et pour cela, il l’envoie  comme moniteur de colonie de vacances. Il est responsable d’une colonie mixte de 70 enfants. 

Alors que je suis encore au séminaire des Missions étrangères à Paris, il m’écrit: « Prie pour moi que je me prépare sérieusement à ma rentrée, que je sache me centrer sur Celui qui Est, prie pour les enfants dont quelques uns me donnent du souci afin que par moi Dieu puisse leur donner ce qu’ils ne lui demandent pas. Prie pour que je sois fidèle à la grâce pour moi et pour les autres comme je prie journellement pour toi au banc d’honneur de mon cœur afin que tu deviennes un saint. Union de prière dans le magnificat. »

Il découvre la petite  Thérèse et se sent  comme elle et avec elle à devenir victime d’Amour

Il fait son acte d’offrande à l’Amour Miséricordieux et s’offre totalement à cet Amour le jour de pâques 9 avril 1950. Il l’écrit avec son propre sang. Il a 21 ans. 

Quelque jours après, il m’écrit: « Ma spiritualité nouveau née se base entièrement sur l’acte d’offrande à l’amour miséricordieux et ma filiation divine, ce qui n’est que l’endroit et l’envers  de la même médaille . En dehors l’amour de Dieu pour nous et le nôtre pour lui et nos frères qu’y a t-il d’autre dans le christianisme?

QU’Y A –T-IL D’AUTRE EN DIEU QUE L’AMOUR ?

Claude GEORGEON

Je souffre de voir le Christ ignoré et méprisé…

L’AMOUR TRANSFORMANT JUSQU’AU DON TOTAL

L’amour transformant et miséricordieux lui a fait comprendre la valeur des échecs. Tout finit par un cri de confiance : magnificat.

Le magnificat qu’il écrivait à la fin de chaque lettre exprime son abandon fraternel et filial

Avec le sacrifice, la prière était pour lui un des plus efficaces moyens d’action : le moteur premier. 

Il retarde d’un jour le départ  de sa colonie de vacances à Châtel pour assister à mon ordination le 29 juin 1953. Nous avons à peine le temps de nous croiser. Mais tout est dit dans notre regard et notre prière.

Pendant cette colonie à Châtel,  trois garçons sont particulièrement difficiles avec les filles.

Il leur promet  que si pendant trois jours, ils font des efforts, il les emmènera voir le lever du soleil au sommet des Cornettes de Bises.  Le dimanche matin, il assiste à la messe, les yeux clos , insensible à ce qui se passe autour de lui, comme perdu en Dieu.

Bien que déjà épuise et que ce soit sa journée d erepos, il remplaça un moniteur pour arbitrer un arbitre  un match de foot le dimanche après midi.

La soirée était très belle et les garçons pensaient à l’excusrion promise. Pour Claude, chose promise, chose due. Déjà très fatigué par la colo et ne voulant pas décevoir les garçons, , il les réveille à 22h et tous les quatre démarre l’ascension à 22h30 par une nuit très claire. Il se retourne pour adresser à la directrice de la colonie un sourire rassurant. Ils marchent une bonne partie de la nuit. Claude bavarde gaiement avec les enfants. Au matin , ils admirent un merveilleux lever de soleilqui éclaire le Léman et le Mont Blanc. .  Le spectacle est grandiose de ces pics lumineux dans un ciel d’aurore pour parler aux enfants de la beauté de Dieu, Créateur de tant de beauté.

Il a dit souvent devant ces paysages ». Il a dit souvent que devant ces paysages pleins de grandeur, il se sentait plus près de Lui. «  Rien ne serait plus beau que de mourir en pleine montagne face à Dieu »

Vers 6 heures, ils commencent à redescendre et il avoue sa fatigue. Il consulte sa carte d’état major et décide de prendre un raccourci pour en pas arriver en retard à la colo. La carte d’état major était fausse. Claude vient de se couper assez profondément la paume de la main avec l’arête d’un rocher. Il perd beaucoup de sang et a l’air si mal que les garçons vont chercher de la neige au creux des rochers pour laver sa blessure.

 Un gros mouchoir sanguinolant  entoure sa main blessée. La descente se poursuit mais le chemin s’est effacé. Il y a quelques escalades à faire pour retrouver le chemin d’en bas.
Il reste à passer un torrent à sec       très dangereux. La descente est presque finie.  Les enfants veulent s’y engager mais Claude les retient « Non , j’y vais… » Il fait quelques pas.

Avec son sac à dos trop lourd. l’irrémédiable arrive.Un bruit de cailloux et d’éboulis ? Ils crièrent « Claude » Puis effrayés du silence, ils le virent tout petit, tout en bas qui ne bougeait plus. Claude venait de dévaler 50 mètres dans les rocailles. Les jeunes le retrouvent gisant et mortellement blessé sa médaille miraculeuse dans la bouche dans son sang qui se répandait sur la roche. Les jeunes coururent chercher du secours et on le transporta agonisant vers la chapelle d’abondance. Son cœur battait encore mais de plus en plus faiblement jusqu’à.son dernier souffle. U témoi déclare qu’il avait uen ressemblance étrange avec le Christ descendu de la Croix, des plaies de son front la san a coulé sur tout le visage et de la paume des deux mains ouvertes, le sang s’est répandu sur les doigts et sur les bras.. Un peu plus tard, lavé et habillé, la sérénité de ce même visage avec son ébauche de sourire impressionna ceux qui le virent et qui disent ne plus pouvoir oublier cette vision.

Les enfants pleuraint amèrement leur chef. Quand es parents ont reçu la nouvelle du départ au ciel de leur fils unique,  la maman a apporté un surplis qui aurait servi à son ordination. Les enfant ont alors découvert que Claude voulait devenir prêtre et ils ont déclaré : « Cela ne nous étonne pas, il nous aimait tellement »

Jusqu’à son dernier battement de son coeur, 

Claude a renouvelé son offrande comme victime à ‘Amour Miséricordieux du Bon Dieu. Il est mort au service de ses enfants réalisant sa double vocation d’éducateur  et de victime.

Dans son carnet intime on a retrouvé ces lignes

Je passerai mon ciel à faire du bien à tous les enfants 

CLAUDE GEORGEON

Et ‘ je veux donner ma vie pour que Pierre soit un bon prêtre

Dix ans plus tard, mon frère Raymond part  aux Cornettes de Bises faire un pèlerinage avec les servants de messe sur le lieu où Claude est parti au Ciel. Ses parents nous rejoignent.

Après la messe célébrée aux cornettes de bises  au pied de l’éboulis mortel où Claude a été retiré tout déchiqueté,  nous contemplons en silence dans la lumière du jour  naissant tous ces sommets neigeux. Après l’eucharistie, nous vivons un événement extraordinaire: 

le jeune Jean Pierre s’approche de moi, ouvre sa main et me montre un sifflet tout neuf et poli. Il venait de le trouver dans la rocaille.

Qui aurait bien pu égarer son sifflet ? Comme si nous portions une relique, nous avons hâte de le montrer au papa de Claude qui tout bouleversé, reconnaît le sifflet qu’il venait de donner à son fils. Claude venait de nous faire signe. Nos prières ne sont elles pas un coup de sifflet à nos Bien Aimés du ciel. Dieu nous fait des clins d’œil. Mais savons nous reconnaitre les signes de sa présence.

Claude a été l’ami intime de Pierre et a offert vie pour son apostolat. Il avait demandé à Sainte Thérèse de l’enfant JESUS de ne pas vivre plus longtemps qu’elle. A 24 ans elle venait l’appeler à vivre pour toujours avec lui. Toute sa vie Pierre restera relié à Claude dans son sacerdoce de petit frère et dans son amour fou pour Thérèse , son étoile dans le ciel de l’Amour.

On ne peut comprendre le sacrifice de Claude comme celui de JESUS et de beaucoup d’autres que par la Croix où par Amour pour le Père et pour nous, JESUS s’offre à notre place pour nous  libérer du péché et écraser le démon.

Sans cette lumière de la Croix, nous risquons de prendre ce sacrifice à l’envers et de lui faire perdre toute sa signification.

autel aux Cornettes de Bises à la mémoire de Claude