Pierre et Raymond pleins de gratitude envers le Seigneur et son Eglise, aimaient faire mémoire de l’une de leurs rencontres avec le Saint Père Jean Paul II. à Rome en 1983.
Mère Teresa avec qui nous avons travaillé pendant dix ans, nous dit un jour :
« J’aimerais bien que vous alliez au Yémen du Nord pour aider mes sœurs qui sont dans une grande léproserie à Sanaa, mais vous ne pouvez pas avoir de visas. Je vous donne rendez-vous à Rome. Vous irez avec moi au consulat du Yémen.

Arrivés à Rome au rendez-vous prévu, pas de Mère Teresa. Cependant, une de ses sœurs nous y attend avec les visas promis.
De retour à la Place Saint Pierre, que pourrions- nous bien faire car il nous reste un jour de libre avant de reprendre l’avion. Evidemment, notre seul désir : célébrer la messe avec notre grand ami, le Pape Jean Paul II.
Naïfs comme nous sommes, nous voici devant la grande porte de bronze. Un garde suisse est là qui immédiatement nous arrête :
– Que voulez-vous ?
– Célébrer la messe demain matin avec le Saint Père.
– Premier étage, Monseigneur Martin.
Ce Monseigneur Martin nous connaissait pour notre mission auprès des lépreux. Nous grimpons
rapidement au premier étage et c’est lui qui nous ouvre la porte de son bureau avec un grand sourire: « Ah mes frères lépreux, Raymond et Pierre ont eu la délicatesse de venir me voir. »
-Que puis je faire pour vous ?
– Monseigneur, nous voudrions célébrer la messe avec le saint Père.
Il se met à rire en nous disant :
-Mais c’est impossible. Je vais quand même vous conduire vers un des deux secrétaires du Pape.
Il change de visage et nous dit :
– Allez voir mon secrétaire au troisième étage.
C’était l’étage du Saint Père.
Nous reprenons l’ascenseur et nous frappons à une porte, celle de Mgr Kabongo.
La porte s’ouvre et nous nous trouvons devant un grand évêque du Zaïre. En le saluant, Pierre lui dit :
-Monseigneur, votre peau est noire mais nous notre cœur est noir.
Il nous dit :
-Que puis je faire pour vous ?
-Nous voudrions célébrer la messe demain matin avec le Saint Père.

Silence. Il nous regarde interloqué et semble désolé :
– C’est impossible. Regardez la liste est déjà pleine et cela plusieurs mois à l’avance. Vous auriez dû réserver.
– Monseigneur, on ne sait même pas ce qu’on va faire le lendemain…
Alors il nous demande d’où nous venons..
– Monseigneur, nous rentrons tout juste du Kasaï oriental où nous venons de faire un stage avec les infirmiers pour la fabrication de prothèses.
-Du Kasaï oriental ? Mais c’est mon pays. Est-ce que vous avez vu mon oncle qui est infirmier ?
-Ah ben oui ! C’est sûr, on a certainement vu votre oncle.
-Mais comment puis-je vous aider ?
-Oh c’est simple, Monseigneur, au bas de votre liste, il y a deux évêques, vous les effacez et vous nous mettez à la place !!!!
-Oh non, je ne peux pas faire cela !
– En tout cas, quand on repartira on ira dire à votre oncle comment on vous a vus.
En Afrique la famille est importante.
– Oh non ne le faites pas s’il vous plaît. N’allez pas le dire à mon oncle. Mais que faire ???
-On vous a dit Monseigneur, c’est tout simple. Vous gommez les deux évêques et vous nous mettez à la place.
-Non, c’est impossible. Ecoutez, je vous rappelle ce soir.
21h, le téléphone sonne.
-Les frères, j’ai une très bonne nouvelle pour vous. Demain matin à 11h, vous aurez une audience privée avec le Pape Jean Paul II.
– Monseigneur, en fait notre avion part à 11h15…
– Je n’ai vraiment pas d’autre solution.
– Bon ben, nous le dirons à votre oncle.
– Oh ! Non, non s’il vous plaît. Je vous rappelle encore plus tard.
22h, nouveau coup de téléphone.
C’était notre ami Mgr Kabongo qui nous s’exclame :
-Quand l’Eglise prend des décisions, c’est toujours pour le bien de ses enfants…
-Oui, mais Monseigneur, et alors…
– Demain tenez-vous prêts à 6h devant la porte de bronze pour la messe avec le Saint Père mais en clergyman.
Nous étions en sandales et chemises à courtes manches.
Ni une, ni deux, nous filons en pleine nuit au séminaire français pour demander à notre ami Sylvain Bataille des tenues de services. Et nous voici de retour dans le métro. Quelle surprise en nous voyant dans les vitres, l’un avec une chemise trop courte, l’autre avec un veston trop serré nous avions l’air de marsupilamis !

Mais le lendemain matin, quel bonheur inoubliable de célébrer la messe avec Saint Jean Paul II. Nous nous retrouvions l’un juste à sa droite et l’autre juste à sa gauche à peine à un mètre de lui. Nous étions les mieux placés car les derniers arrivés.
Quel bonheur de célébrer avec ce grand Jean Paul II, complètement absorbé dans la prière.
Demandez et vous recevrez bien au-delà de tout ce que vous pouvez demander ou concevoir.

