
1963. Villers le Lac Haut Doubs
SERA-T-ELLE SAUVÉE?
La voisine de Maman Simone s’appelait Suzanne et venait d’une famille très mais qu’est-ce qu’elle était bonne. Dès que Madame Jaccard avait besoin de pain ou de quoi que ce soit, il suffisait qu’elle frappe sur le volet et Suzanne répondait toujours présente pour faire toutes les courses nécessaires.
Après son mariage avec Albert et sa première communion, Suzanne ne remettra plus les pieds à l’église. Cependant, Maman Simone n’hésitait pas à glisser sous sa porte quelques journaux ou revues catholiques :
-Tiens Suzanne, tu liras çà.
A la mort de son mari, père fera office de pompes funèbres avec sa 2CV car ils étaient très pauvres.
Père Raymond raconte :
« Quand Suzanne est tombée très malade,
Maman m’a appelé pour que je vienne lui donner les derniers sacrements alors que j’étais vicaire à Besançon à Saint Ferjeux.
Ni une, ni deux, avec ma vespa, me voici au Villers au chevet de notre voisine. Mais Suzanne ne veut pas entendre parler de sacrement, ni de confession : « Oh ! je n’ai pas de péchés. »

En rentrant à la maison, Maman me dit : « Attends, je vais te préparer ce qu’elle aime tant. »
Me voilà reparti avec un bon ramequin de crème au chocolat préparée avec amour par maman Simone.
En entrant auprès de la malade, je lui dis :
-Ah, Suzanne, le Seigneur nous appelle tous. Tu vois comment maman Simone t’aime. Elle t’a préparé une bonne crème au chocolat. Tiens goutte !
–Ah ! Une crème au chocolat. Oh ! Qu’elle est gentille, Simone. C’est bien elle.
Et voilà que je lui enfilais une petite cuillère de crème. Puis, je faisais un peu le tour des sujets tout en les enrobant de chocolat.
-Tu te souviens, hein Suzanne, la vie n’a pas toujours été facile avec tes filles et Alfred… Allez, tiens prend un peu de crème.
– Oui, c’est vrai.
Et puis, tu courrais un peu à gauche et à droite pendant qu’Alfred travaillait ben oui, c’est la vie… Et Suzanne aquiesçait…
Ainsi chaque fois, qu’elle me disait un péché, je lui glissais un peu de crème au chocolat.
Le ramequin vide, Suzanne était prête pour rencontrer son Seigneur.
« Je le savais » me dit Maman Simone qui veillait sur chacun avec une délicatesse exquise et un dévouement sans pareil.
Pour le Royaume des cieux, soyez avisés comme des serpents et purs comme des colombes. »


