Vocation du Père Pierre

Jésus vit deux frères…  

Mt 4,18

Deux frères « même père et même mère » comme on dit en Afrique ! aimaient répéter Pierre et Raymond. 

Un duo de choc !  

Deux frères appelés et envoyés par Jésus et son Eglise.
Deux frères qui s’aiment et qui Aiment Jésus et qui aiment les pauvres.

Frères pour l’éternité.

Votre plus beau témoignage est votre amour fraternel clame leur petite sœur Thérèse Marie. 

Un seul sacerdoce.  

PIERRE

« La vocation de mon frère Pierre disait Raymond, c’est du béton armé. L’appel de Jésus s’est manifesté avec puissance dans toute sa vie : 

Il répétait souvent : « Je veux donner toute ma vie à Jésus. Jésus Seul !! ».

Un double sauvetage  mystérieux

ou (une force me poussait)

A dix ans, Pierre raconte  «la plus belle histoire de ma vie », inscrite en lui en lettres de Feu.

Villers le lac est traversé par le Doubs, fleuve très  dangereux dans certains endroits. Des courants forts et imprévisibles se forment souvent  au point d’entraîner les nageurs vers le fond.  Avec une moyenne de  plus de 25 noyades par an.

Pierre raconte :

-Nos parents nous interdisaient   d’y aller.  Mais je n’étais pas très obéissant. Et le lundi 21 juin 1937 à 16h45,  je me dis :« Je suis grand : j’ai dix ans !  Papa et maman ne m’ont rien dit aujourd’hui »  Il y avait une voix en moi qui me disait : « Va au bord de l’eau. On a besoin de toi. ».  

Quand je suis arrivé, mon meilleur copain Jean, se noyait. Des années plus tard, j’ai compris que c’était l’Esprit Saint qui me disait : « Va au bord de l’eau.  Depuis le baptême, l’Esprit Saint nous parle au cœur.  Il nous dit des choses que nous ne pouvons pas imaginer. C’était mon cas. Une force me poussait plus forte que tout. »  

Immédiatement, je me suis jeté à l’eau sans réfléchir et sans savoir nager car à l’époque, on n’apprenait pas à nager à cet âge-là.

Jean se débattait tellement que j’ai crié:« Arrête, on va se noyer tous les deux. »  Puis, il s’est accroché à mon épaule droite, au point que j’en ai eu des douleurs pendant plusieurs jours car le courant était fort. Après avoir pu le ramener sur la berge,  il vomissait mais moi, j’étais  si content :  j’avais sauvé mon petit copain.

Deux hommes sont arrivés. Ils ne m’ont rien demandé et m’ont foutu deux paires de claques puis ils ont emmené mon petit copain me laissant seul sur la berge. J’avais le cœur gros et je sanglotais. Je ne comprenais pas et je me disais :«J’ai fait tout ce que je pouvais pour sauver mon copain, on me bat ! Mais qu’est-ce que la vie ? » 

Il fallait rentrer à la maison tout mouillé et plein de boue.  Et la punition à la maison, je  ne la connaissais que trop bien ! : « Tu as voulu désobéir et bien tu vas dans ta chambre et tu ne participes pas au repas avec nous. »  

On s’aimait tellement les quatre frères.  Oui, on se disputait mais quand il en manquait un, çà n’allait pas. Et nos parents le savaient. 

J’ai eu toutes les peines du monde à couper court  aux réprimandes : « Tu désobéis toujours. »

« Oui mais j’ai sauvé Jean ».

Finalement, j’ai échappé à la punition. Et même,  maman m’a embrassé en me disant la sempiternelle interdiction : « Ne va plus au bord de l’eau. Aujourd’hui, c’est Jean qui se noyait, peut-être que demain, ce sera toi. Et personne ne sera là pour se jeter à l’eau et te sauver. »

La nuit fut courte et mouvementée. Des pensées me tenaillaient : « Si d’autres enfants se noient, qui va aller les sauver ? Si j’avais obéi, mon copain serait mort. Pourquoi m’a-t-on battu ? Finalement, que faut-il faire, obéir ou désobéir ? 

Je n’avais pas compris que j’obéissais à quelque chose d’intérieur qui  mystérieusement me poussait au saut du Doubs.

Le jour suivant, je  guette l’avancée de la grande horloge franc-comtoise au son du coucou. 16h45 approche.  Et à nouveau, une force me pousse à repartir au même endroit que la veille.. En arrivant, c’est la petite Querry une voisine de 4 ans, qui glisse et tombe dans le Doubs.

  • Maintenant que j’avais l’habitude, je saute et attrape l’enfant. Je la prends dans mes bras et cours la ramener à sa maman car je ne voulais pas encore me payer une paire de claques. Mais plus je m’approchais de sa maison, plus la petite hurlait. Quand la maman m’a vu, elle m’a inondé de tous les noms des oiseaux de la création…. Vite, j’ai déposé l’enfant et je suis parti.

Encore une fois, il fallait rentrer sale et tout mouillé. J’ai bien fait le tour de la maison en essayent de trouver des vieux journaux mais sans résultat. Timidement, je pousse doucement la porte de la maison espérant monter dans ma chambre ni vu ni connu. Tandis que j’avance à pas de loup, oups !

 Maman est là devant moi.

– D’où viens-tu ? 

-Tu ne vas pas me croire…mais c’est quand même la vérité. Au même endroit qu’hier, au bord de l’eau, j’ai sauvé la petite Querry.

Silence !  Pas de réaction. 

J’attends la sentence.

Alors, sur un ton qui n’est plus du tout celui de la veille, j’entends :  

-Viens t’asseoir sur mes genoux. 

Ouh là !!! Je ne me le suis pas fait dire deux fois car je n’allais plus sur les genoux de maman sauf si je me blessais.

Et là, elle a commencé à me raconter une très belle histoire, la plus belle histoire de ma vie et de mon éternité : la pêche miraculeuse avec Jésus. Je m’en souviens comme si c’était hier.  A mesure qu’elle me livrait ce passage de l’Evangile, quelque chose de surnaturel envahissait mon âme d’enfant de dix ans.  Elle mélangeait un peu les évangiles avec l’appel de Pierre à la résurrection : « M’aimes-tu ? » 

Puis, maman m’a posé une  seule question. Elle ne m’a pas dit : « Jésus est en train de t’appeler, il faut que tu lui répondes… tu vas être prêtre… » . Elle m’a juste dit :« Si un jour, Jésus t’appelle, que lui répondras-tu ? »

Visitée  elle aussi par le Saint Esprit , elle a interrogé ma liberté d’enfant de Dieu. 

Donner toute ma vie à Jésus

Depuis ce jour, j’ai voulu donner toute ma vie à JESUS et à Jésus seul. 

Pour Pierre, ce n’est pas le fait d’être prêtre. Plus radicalement, c’est d’aimer Jésus Lui-même, et surtout de se laisser aimer par Lui.

L’événement ne passe pas inaperçu.  Plusieurs journaux relatent le fait divers. Et le préfet du Doubs demande à l’Archevêque, Monseigneur Maurice Dubourg, de remettre au jeune Ernest le prix courage de la fondation Carnégie :  une plaquette et un livret d’épargne de 250 frs. Prix que l’enfant recevra à son école Saint Joseph de Besançon, devant tous ses camarades de classe. Quant à l’argent, il s’empressera de le distribuer à plus indigent que lui.

Aimer davantage

Pierre raconte :

A 11 ans , j’étais interne au collège St Joseph  à Besançon. L’école était loin de la cathédrale où nous logions.
La rentrée se faisait en rangs d’oignons deux par deux. Déjà à l’époque, j’aimais ma liberté. Pendant le trajet, je m’échappais des rangs et marchait tout  seul sur le trottoir.

Dès que je voyais la colonne s’éloigner à 100 ou 200 m, je me sentais libre.

Un jour une  librairie catholique attira mon attention. Un livre au titre peu banal et pour moi incompréhensible est là avec d’autres au milieu de croix, chasubles , statues, vêtements sacerdotaux. J’ouvre mes grands yeux et relis le titre du livre : « Une nuit d’amour ». Je me dis : « Cela doit être intéressant car le titre sonne bien ».
En entrant, je m’approche de la dame. Elle me paraissait très haute derrière son comptoir car j’étais encore bien petit

– « Madame, c’est combien une nuit d’amour ? »

-« Tais-toi, petit garnement,  allez va-t-en !

-« Mais une nuit d’amour qui est à la vitrine , c’est combien ?

Je me souviens encore du prix : 3,25 francs. 

Je n’avais que deux francs. J’ai demandé à Léon et à des copains de me prêter pour acheter le livre.

Le lendemain, faisant semblant que mon lacet de chaussure est défait,  je m’échappe à nouveau de la colonne et je file au magasin en disant à la serveuse : « Madame donnez moi une nuit d’amour »

Qui avait écrit ce livre ? C’était le cardinal Baudrillard ou l’abbé Saliège. En ouvrant le livre au hasard, je lis cette phrase qui a polarisé toute ma vie : « Une nuit d’amour, c’est une nuit ou aimant on aime encore plus, on aime à la folie ». Je n’ai retenu que  cela.

Une nuit d’amour est ce bien vrai ? 

En réfléchissant plus tard, j’ai compris qu’une nuit n’est pas suffisante pour entrer dans le plan de Dieu par la foi. Il fallait plusieurs nuits d’amour :

– La première, c’est la nuit du  monde, de l’histoire de la création. Il n’y avait rien mais Dieu dans sa tendresse de Père créa la lumière et le jour. C’est la nuit de notre histoire , de notre naissance, des événements qui ont tissé nos vies. ?

-Notre deuxième nuit d’amour est marquée par l’appel de Dieu au plus intime de nous mêmes comme pour Abraham. Cet amour nous enveloppe, nous transforme et nous guide. Il nous pousse à devenir ce que nous sommes.

Comme Abraham, nous avons du tout quitter, notre famille, notre pays appelés par Dieu sans savoir où.

En lui faisant entièrement confiance pour nous guider et faire de nous ce qu’Il voulait.

Nous savions que c’était Lui qui nous choisissait  pour cheminer avec lui sur le sentier des hommes, avec les petits, les derniers, les humbles, les sans nom et les sans influence. Nous avons été poussés là où nous n’avons jamais pensé aller.

-Notre troisième nuit d’amour est celle de notre Pâque :

Celle que nous vivons à présent. Jésus nous demande de passer de la nuit de notre égoïsme, notre « moi, je » à la lumière du service très humble et à la rencontre mystérieuse avec Lui présent en chaque homme qui croise notre chemin à travers le monde.

-La quatrième sera la Rencontre définitive avec notre Bien Aimé, et nos frères en Dieu par Maman Marie. Nous avons déjà lancé l ‘ancre de l’autre côté du voile « comme dit Saint Paul. Il nous reste encore à tirer la corde en gardant le vrai cap du service et de l’amour fraternel.
Pleins d’espérance, nous savons que l’aube du Jour Nouveau pointe déjà à l’horizon.