Savoie, 2011
Le Père Raymond, un instrument de l’Amour de Jésus Vivant
Quand j’ai rencontré Père Raymond en 2011, j’avais beaucoup de racines avec l’Inde.
Mon aspiration à une vie intérieure était déjà très forte quelque soit le chemin qui y mène.
Avec un ami, je travaillais bénévolement à la réfection d’une cabane algeco chez les sœurs.
À la sortie de la messe, le Père voit que mes mains sont remplies de peinture verte. Il m’a lavée très délicatement les mains avec du savon puis avec une petite brosse pour que la peinture parte des ongles. Il prenait le temps avec beaucoup de délicatesse jusqu’au bout, jusqu’à ce que mes mains soient vraiment propres. Il a essuyé les doigts un après l’autre. Je sentais dans tous ses gestes énormément de respect et de reconnaissance comme si Jésus voulait me remercier de notre travail.C’est comme si à travers tous ses gestes, Jésus lui-même prenait soin de moi. Chaque petit geste était important.
Puis, je lui ai demandé : « Mais mon Père pourquoi faites-vous tout cela ? » Il m’a regardé avec ses deux grands yeux bleus où l’on voyait le ciel et il m’a répondu :
-Tu n’as pas compris ! C’est Jésus qui fait !
J’ai reçu un grand enseignement, à travers cette scène, le père voulait me dire :
-Laisse- toi travailler par Jésus.
A travers cela, j’ai découvert aussi que je ne voulais pas m’abandonner à Jésus et que je voulais contrôler les choses moi-même.
Dès la première rencontre avec le Père Raymond, dans l’éclat de ses yeux, j’ai vu que c’était un saint. Le Père Raymond était complètement uni à Jésus dans chaque acte qu’il posait, même les moindres. Ses actions étaient complètement alignées.
Il faisait fondre les cœurs. Il faisait tomber les masques. Quand on était avec lui, il y avait comme un dévoilement de nous-mêmes. On était mis à nu, cela se passait depuis notre cœur, en vérité, et avec Dieu.
On n’avait plus besoin de jouer de rôle. Nous étions mis dans l’authenticité de qui nous étions en vérité. On touchait cela du doigt. Et puis, par sa manière d’être, il nous emmenait là où il était, c’est à dire avec Jésus, là où il vivait. Il le faisait avec tellement de simplicité et d’humilité. Ainsi, on baignait dans ce flot d’Amour perpétuel ininterrompu. C’était Intemporel. Il était vraiment dans l’expérience de Dieu.
Quand je rencontrais des prêtres, je sentais que même s’ils ont déjà une vie intérieure, ils cherchent encore et donc qu’ils ne peuvent pas nous communiquer cette expérience. Lui, il avait réalisé cela en plénitude et à ses côtés, la vie en Dieu était une évidence.
Il vivait en Dieu, dans cet état de conscience permanent, et cela nous mettait en contact avec cette Présence à l’intérieur de nous, que nous expérimentons souvent par bribes. Cela émanait si puissamment de lui qu’à son contact nous pouvions expérimenter cela. Et cela m’emmenait dans le monde de l’invisible. Il m’y mettait par ce qu’il était et vivait avec Dieu.
Apôtre de la miséricorde
J’ai une histoire de famille très douloureuse. Maman est tombée malade psychiquement suite aux nombreuses infidélités de mon père.
Ils étaient divorcés depuis 25 ans.
De passage en France, je propose à mon père de venir le lendemain voir avec moi le père Raymond le lendemain. Il ne veut pas.
Puis le soir, assez tard, vers 22h, comme si son âme sentait un appel, il change d’avis et se montre très déterminé.
Le Père était déjà très âgé et très fatigué et il parlait difficilement. Au moment de l’Évangile, le Père a fait quelques commentaires comme il faisait toujours. Il se mit à parler de la miséricorde et de l’amour de Dieu comme il savait le faire. Il avait le pouvoir de toucher tous les cœurs, même les plus éloignés.
Au fur et à mesure que le Père parlait, les yeux de mon papa étaient comme hypnotisés, il buvait ces paroles si simples. Il n’en ratait pas une comme on dit.
Et il se penchait de plus en plus vers le Père qui finit par le regarder en lui disant :
du Père. Il n’en ratait pas une. Cela rentrait comme dans du beurre. Il manifestait une
-Tu vois, mon p’tit Jean-Claude (papa avait alors 79 ans et c’était un grand monsieur) c’est aussi simple que ça. Jésus, c’est que de l’amour et Il t’aime comme tu es. Est-ce que tu as compris ?
je vois alors mon père sous le choc, les yeux pleins de larmes qui lui répond avec clarté :
-Oui mon père, J’ai compris.
Avait-il déjà été touché ainsi ? Son âme semblait perforée. Avec sœur Massabielle, nos regards se sont croisés car il y avait une onction particulière dans la pièce. Le père lui continuait sa messe.
Quelques semaines plus tard, mon père est retrouvé sur une plage du Sénégal emporté par une crise cardiaque.
Je savais qu’il avait reçu son ticket pour le ciel auprès du père Raymond qui certainement l’avait préparé au grand voyage. Je me souviens encore de ce moment entre le Père et mon papa, de ces deux regards comme si tout disparaissait autour d’eux, de cette rencontre saisissante, intense et puissante d’âme à âme. Nous étions dans un temps suspendu, rempli de grâce, je pense que mon Père n’avait jamais vécu avec un prêtre un temps de messe aussi fort et simple à la fois, la Présence de Dieu aussi accessible et directe.
Lors d’une confession, je pleurais beaucoup à cause de tout ce que je vivais.
Le Père m’a prise dans ses bras, comme s’il voulait absorber ma peine, c’était un moment très puissant. Et effectivement le flot de mes larmes s’est arrêté.
Et je peux témoigner que depuis, je ne pleure plus aussi facilement. Je suis beaucoup moins fragile et je maîtrise mieux ma sensibilité. Il m’a fortifiée.
A travers le Père Raymond, Jésus m’a dit qu’il m’aimait. Ce qui m’a marquée aussi chez le Père Raymond, c’était son silence, son silence intérieur, il était habité par un silence insondable et j’ai l’impression que c’est dans ce silence qu’en sa Présence on pouvait contacter la Paix. Il n’y avait pas de pensée ou de chose discordante en lui, tout n’était que Silence et Paix. C’était aussi ça qu’on expérimentait en sa Présence, un grand Amour et une grande Paix. Son Silence intérieur, plein, habité de Dieu, c’était vraiment le repos de l’âme. Et quand on arrivait là, auprès du Père Raymond, l’âme sentait enfin qu’elle pouvait se reposer parce qu’elle avait trouvé la vérité, elle touchait à sa quête, à ce qu’elle cherchait depuis toujours, l’Amour, le Silence et la Paix.
Je me souviens aussi qu’une fois alors qu’il était déjà très âgé, je lui ai dit :
-Mon Père, vous ne partez pas encore au ciel, vous restez encore un peu avec nous .
Il m’a répondu très sereinement :
-Ah ça, tu vois directement avec Jésus ! . J’ai senti qu’il n’avait aucun problème sur le fait de quitter cette terre, il était dans une totale acceptation des choses et aussi dans une confiance absolue et sans faille. Il n’y avait pas une once de doute ou de peur en lui, juste l’abandon et la confiance. Çà aussi c’est une leçon ! Et au moment de son départ au ciel, il nous a encore donné un enseignement incroyable ! L’enseignement que c’est possible de partir au ciel en pleine conscience dans la joie, la confiance et la Paix. C’est juste magnifique !
Toute la vie de Père Raymond est un enseignement, la barre est haute, mais il nous montre dans quelle direction nous devons aller, et aussi que cela est possible.
Il est une source infinie d’Amour et d’Inspiration !
Neuf ans après le décès de mon papa, je suis à Chambéry et je fais mémoire à sœur Massabielle de la dernière rencontre que mon papa a eu avec le père Raymond peut avant sa pâque. Je termine de raconter que quelqu’un frappe à la porte : « Je viens pour le dégât des eaux ». Mais il n’y avait pas de dégât des eaux. Le plombier insiste. Là, je suis émue car mon papa avait une société à Chambéry où nous étions pendant quarante ans, il ne s’occupait que du dégât des eaux. Oui comme dit le Père Raymond, nos bien aimés sont avec nous.



