LE KINTSUGI DES FRÈRES JACCARD

Pugny-Chatenod, 2022…

Raymond était libéré et irradiait dans l’Amour. Il le faisait d’une manière toute naturelle comme tu respires. Il n’y avait rien de prémédité. 

Avec son frère Pierre, ils s’en sont sortis parce qu’ils étaient deux, deux avec le même objectif et deux dans l’amour.

Parfois, il me prenait dans les bras et je l’acceptais. 

Un jour, j’ai eu une écharde au doigt. Il a pris mon doigt et tout son intérêt n’était que sur mon doigt.

Il a commencé par enlever l’écharde.

Puis, il a désinfecté mon doigt. Ensuite, il l’a ouvert un peu avec une grande délicatesse ! Il était tout entier dans son acte. 

Je me suis sentie vraiment dans les mains d’un chirurgien, de quelqu’un qui en réalité prenait soin de mes profondeurs avec cette petite incision et ce soin. 

Il voulait planter en moi une autre écharde comme un pieu ou une croix pour enraciner quelque chose de puissant. 


Ce que j’ai vécu là, même à ma mort, je pourrai dire que ce sont les plus belles vingt minutes de ma vie : cette histoire d’épine. 

J’étais très réceptive. Je suis sûre qu’il opérait en une transformation silencieuse par rapport à l’Amour de Dieu. 

En lui, c’était l’humilité poussée à son extrême. Il n’existait même plus. 

Il va y avoir des transformations à travers le moindre petit acte qu’il fait mais lui, il est complètement détaché de tout cela. 

Cependant, dans mon cœur, cela a fait un geste vraiment miraculeux.

Et maintenant, je vois bien où cela a pu jouer dans ma vie avec mon mari Ibrahim. Car tous les deux, nous avions la même pathologie, la même grosse difficulté de trouver l’amour de l’autre. Et ce que le père a fait en moi est venu soutenir tout cela.

Raymond a juste fait un geste anodin de rien du tout, et pourtant derrière, il y a un truc volumineux qui se répare. Cela dit la grandeur du bras de Père Raymond. 
Ce n’est pas son amour à lui qui passe. Mais dans cet acte où il m’a enlevé cette épine, il est passé autre chose de l’Amour de Dieu venu me transformer. C’est comme un enfantement. 
C’est le principe de la maïeutique. Comme l’art japonais.

Il y a des fêlures dans l’objet et ils le remplissent d’or.

Lui, Père Raymond, il savait mettre de l’or dans les fêlures. 

Les samedis avec la synopse (le père Raymond lisait l’Évangile tous les samedis matin avec un groupe de personnes et le commentait), c’était à un moment difficile de ma vie. 

Mais quand j’étais là, dans une sorte de fulgurance, j’étais touchée par l’amour à chaque fois. Et, cela me maintenait en vie. A la synopse, on avait l’impression d’être dans une matrice où se confectionnait une protection.

Alors les messes avec eux, c’est très proche de cette histoire d’écharde. Il y avait quelque chose de personnel. Tu te sentais recevoir personnellement comme si on faisait la messe pour toi.

Même cette écharde, c’est l’histoire d’une messe. On adore comme deux amoureux qui s’aiment. C’est de cet ordre-là.

L’écharde, la synopse, la messe : c’est du même ordre : l’unification. Le mot pour dire, c’est baigner.

Ce sont des êtres qui te portent jusqu’à la mort.

Je prie souvent Raymond et je l’invoque. Cette imprégnation que j’ai vécu avec lui me porte jusqu’à la mort. Je me sens complètement avec eux.

Avec tout ce qu’il m’a transmis. Ce sont tellement forts ces moments de partages que nous avons avec eux au RER (rencontre écoute resto) ! Avec ces repas tellement bons que tu ne peux pas oublier. Souvent quand je suis dans une belle situation, le paysage où je suis, j’aime le garder en moi en ayant la gratitude de ce paysage.

En fait, je n’ai pas la mémoire de tout ce que j’ai vécu au RER, mais c’est vraiment une histoire d’imprégnation. Il m’a imprégné. Comme un baptême. Il m’a baignée dedans, dans cet amour de Dieu.

Je revois les anniversaires où nous chantions. Quand ils sont venus écouter Grégoire Plus, ils dansaient avec leurs cannes comme des enfants et ils mettaient le Feu partout. Le Feu partout où ils passaient. C’étaient des êtres d’un charisme phénoménal. J’avais l’impression de voler dans ces moments-là. C’était la magie de l’amour. 

Il y a ce côté éternel aussi avec ce que nous avons vécu… Ce n’est pas juste un moment qui s’efface. C’est toute une imprégnation dans tous les tissus de ton être !

Témoignage d’Isabelle Verguin