
Régine Levrat a connus Pierre et Raymond Jaccard au Centre Jamot alors qu’elle était enseignante à l’université de Yaoundé. Ils se sont retrouvés à Chateauneuf de Galaure en 2015.
Pour moi, ils sont l’ami des pauvres et des lépreux. Et ils ont diffusé cela dans le monde. L’aspect handicap, c’est ce que l’on a plus vu.
Et puis il faut quand même souligner aussi leur fraternité. C’est eux qui m’ont aidé à déménager à Yaoundé quand j’ai changé d’appartement. Ce n’est rien ! Mais il faut faire quand même! Leur fraternité. Leur proximité de tout le monde.
Raymond, il voulait m’embaucher pour aider telle ou telle personne. J’ai reçu une ou deux personnes mais ce n’était pas ma voie.
A Yaoundé, le fait qu’ils aient cette case… (un ermitage) où ils allaient toutes les semaines pour une journée de prière. Et moi, ils me l’ont prêtée X fois. Je pouvais y aller.
C’est un point important : la prière dans leur vie. Le besoin d’être AVEC les autres et le besoin d’être avec Dieu.
Puis le Saint Sacrement dans leur maison.
Au début, la messe était avec les lépreux à la chapelle de la léproserie.
Et ensuite, elle était dans leur petite maison et dans leur salle à manger.
Je me souviens très bien du Saint sacrement dans un petit meuble à l’entrée. Il y avait à l’entrée quelque chose qui était fermé et qu’ils ouvraient pour prier.
Il y avait quelques personnes mais très peu à cette messe. Très peu.
J’ai connu tout de même des gens qui travaillaient avec eux. Sr Solange (Ménard) travaillait avec eux. Elle était au dispensaire de Bongka. Mais leur capacité à créer des liens , à mettre en route tout le monde. C’était déjà cela à Yaoundé.
C’était fabuleux. C’était évident à Yaoundé.
Ce qui me frappe quand même chez eux, c’ est la double dimension concrète : l’appareillage qui les a propulsés dans le monde entier et puis le rayonnement spirituel.
C’est la double. C’est ce qui est frappant chez eux pour moi. Ce n’est pas dissocié.
Ah mais c’est l’Amour de Jésus qui les projette. Moi je n’ai jamais pu voir cela. C’est très personnel. Le fait de voir Jésus dans le pauvre, dans le malade, pour moi c’est un malade mais pour eux c’est Jésus.
« Si c’était Jésus qui était venu, vous auriez ouvert.. » disait un père à des moines qui n’avaient pas accueilli quelqu’un.
Quelque chose de concret et de très mystique.
C’est l’amour de Jésus chez l’autre.
C’est quelque chose qui leur est propre et que je ne vis pas . Mais pour eux, c’est Jésus..
J’ai dit à Pierre : « Moi, je souffre parfois de solitude et vous il doit y avoir des moments où vous auriez besoin de plus de solitude ».
Pierre m’a dit : « C’est la nuit qu’on se récupère, c’est l’adoration » Je lui disais qu’il devait aspirer à plus de solitude mais il m’a dit que c’est la nuit qu’il fait le plein.
J’ai connu Raymond dans les débuts à Yaoundé au centre Jamot avant que Pierre le rejoigne. Il s’occupait des lépreux.

Quand même, cette capacité de Raymond de créer des liens avec n’importe qui… parce que moi, je n’étais pas une lépreuse et d’intégrer dans leur travail. Il y en avait un qui était menuisier… Un de leurs techniciens était menuisier et je suis encore en contact avec lui.
C’est Raymond qui a insisté pour qu’on se revoie car j’étais à Châteauneuf et il a dit « on ne peut pas ne pas se revoir ». C’est lui qui a insisté pour que je vienne.
J’ai passé plus de temps et ce qui me frappe : il est disponible. Pierre a des idées fixes mais il y a l’âge. Raymond est beaucoup moins rigide. C’est sûr.
J’ai lu tout un passage sur la Vierge. Parce que moi Grignon de Montfort, cela me passe… il a souligné quelques points qui me seront utiles. Et là, j’ai quand même senti rien que sa façon de dire le chapelet, il y a une grande liberté. Et cela me fait même du bien.
Nous avons parlé d’une théologien camerounais que nous connaissons.
Dans leur personnalité des frères, ce qui me frappe : fraternité et complémentarité.
Je peux donner quelques traits de leur personnalité.
+Un événement, c’est un détail mais significatif.. Au festival de Besançon, j’ai dû y aller deux fois maximum. J’arrive près d’eux pour leur dire bonjour. On a à peine dit bonjour, qu’ils me renvoient pour guider un aveugle. Cela est un détail très significatif. Ils ne captent pas. Ils te renvoient vers l’autre.
Je ne les dissocie pas tellement, les deux. Ils sont très différents.
+L’attention qu’ils ont l’un pour l’autre avec l’âge. Mais c’est la vieillesse maintenant.
A Yaoundé, j’ai été chez eux.
Sur le plan du travail, ils étaient complémentaires. C’était très net. L’un faisait la chirurgie et l’autre l’appareillage. Cela c’est très clair. L’un faisait la chirurgie et l’autre faisait l’appareillage mais Pierre faisait ce que Raymond lui disait de faire.
Pierre est plus concret et plus réaliste tout en étant mystique. Mais tous les deux sont mystiques et tous les deux concrets à leur façon..
Mais Raymond a quand même quelque chose tout en tenant compte de l’âge, Raymond est plus que chez Pierre il y a une question de préjugé, d’idées. C’est sûr qu’il a une tendance à juger à la critique,
Pierre est plus intellectuel, avocat du diable Raymond est plus…
Une différence entre eux. Pierre m’a fait une réaction par rapport aux religieuses qui n’est pas positif et par rapport à Loïc, il n’a pas confiance. L’espèce d’esprit critique vient qu’il vient chez Raymond ; j’admire son humilité et sa disponibilité. Je l’admire. D’une certaine façon, il a toujours été le second de Raymond.
Pierre est intellectuel mais aussi concret. LA cuisine c’est lui, aider Raymond pour ses missions. Il a besoin de parler ce qu’il ressent.
Il m’a parlé de sa vie chez les petits frères de Foucauld et qu’il s’occupait des novices. Il était le second du Père Voillaume. J’admire son humilité et son détachement.
Je trouve ici la liberté de parole.
Pierre a eu de grandes amitiés : Jacques Loew, Jacques Maritain, Louis Gardet… il faisait les valises de Gardet.
Pierre a des relations à Rome . Et il rebondit et cherche immédiatement comment avoir une relation à Rome. Quelque chose de concret et de réaliste. Il devait être plus précis et savoir quel avion il fallait prendre.
Et aujourd’hui, c’est pareil. Raymond n’aurait pas pu….
Cela me dépasse un peu tout çà. Pierre m’a dit en trois points qui est Marie. Il est très précis. Il a une liberté !
Moi je lui dis : « Je dis le chapelet »..
Lui m’a répondu :« Sainte Thérèse ne le disait pas… !!!!! »
Il a une ouverture.
Dans l’accompagnement, il n’a aucun jugement. Ila des jugements sur des personnes et quelque chose de très absolu quand même. Par exemple par rapport à jean Marc, et là il me dit : « Maintenant, je vais changer d ‘opinion. Je vais prendre ton point de vue ».
Chez les deux : l’amour de Dieu et l’amour des hommes en même temps. Là, c’est les deux.
Ils sont en train de prier. On vient les déranger et « Ah c’est toi ». Ils sortent de leur prière avec une aisance incroyable.
Ils sont très délicats l’un envers l’autre.
J’avais été frappé dans leur premier bouquin
Pierre m’a dit « On a baigné dans l’amour. Il souligne cela. Et puis Raymond, je comprends quand même pas tout ce qu’il dit de la prière. Je comprends relativement peu de chose. Raymond quand même a ce charisme.
Ils ont un charisme de confessions. Regarde par rapport à Bogota.
Ils nous ont fait pénétrer dans un monde que l’on ignore et nous les ont fait voir avec les yeux de l’amour.
Moi, si j’avais pas eu l’accueil de Raymond au départ à Jamot…
Amoureux de Marie l’un comme l’autre. Et c’est vrai que Raymond….
Mais quand même la dimension eucharistique est très très forte chez eux
L’adoration, cela, c’est un point central.
Raymond avait aussi cette dimension à Yaoundé. Chez eux, la présence eucharistique, c’est central . Ils ont quand même le Saint Sacrement dans leur chambre chacun. Quand Raymond est venu chez moi à châteauneuf, il m’a dit : « La seule chose qui te manque, c’est l’eucharistie »
Et cette espèce de paternité, le Sacrement du pardon. J’avais dit à Raymond que j’avais envie de me confesser. Et j’ai commencé par faire un point sur ma vie (1h30) et l’on n’a pas eu autant de temps que je voulais. Et je dis à Raymond, il faudra que je me confesse. Et il me donne l’absolution. Et je me souviens de mon oncle alors que j’étais l’enfant prodigue, j’ai pas le temps de dire un mot, il me donne l’absolution.
Pierre m’a fait des réflexions deux ou trois fois: « Ne pas influencer. Ne pas donner de conseils »
Pierre avait sa place. Toute sa formation, c’est le même esprit que ce qu’ils ont vécu ensuite. Ils ont fait une fraternité de Foucauld.
J’ai été pas mal chez les sœurs de Foucauld et Raymond je ne l’ai pas connu à Douala. Je l’ai rencontré la première fois dans un hôpital entre Douala et Yaoundé. C’était ma première année au Cameroun. Au Cameroun, il y avait déjà des communautés de Foucauld. C’est au Cameroun que j’ai connu encore qui étaient avec les sœurs de Foucauld mais je l’ai revue quelques mois après, elle était partie dans la fondation des soeurs de l’Évangile.
Pierre avec son tempérament un peu caricatural m’a dit que les sœurs étaient restées fidèles au père de Foucauld mais que les frères s’étaient écartés. D’où la naissance des frères de l’Evangile. J’allais très souvent à l’Isle d’Abeau et je connaissais les sœurs de l’Evangile à 6 km et j’y allais régulièrement chez elles.
