
LIBAN 1983
Le 29 juin 1983, la religieuse secrétaire du cardinal Etchegaray nous donne rendez-vous dans un bar non loin du Vatican pour prendre un café. Au moment de payer, tombe de son sac, deux billets spéciaux pour la cérémonie de 17 heures à la Basilique Saint-Pierre. Nous sommes émerveillés devant la chance qu’a cette religieuse mais comme elle ne peut assister à la messe du saint Père, elle nous les propose. Quelques heures plus tard, nous sommes au côté de Saint Jean Paul II. Et c’est à la sortie de cette eucharistie, que nous rencontrons un évêque libanais. Il nous supplie : « Mon pays a besoin de vous. Le Liban est en guerre. Une guerre civile entre les druzes et les chrétiens et les chrétiens sont obligés de fuir. Il y a beaucoup d’amputés. J’aimerais que vous soyez intégrés à la Croix rouge internationale qui a un atelier d’appareillage. Mais les prothèses sont très chères et surtout très sophistiquées. »
Six mois, plus tard grâce à l’organisme du Vatican Cor Unum et à l’ordre de Malte de Paris, nous passons l’avent et Noël au Liban. L’Evêque nous conduit au centre de Bea. Le but de notre mission est d’apprendre aux techniciens à la fabrication des prothèses que nous avons inventées.
Très modestement, nous leur enseignons les prothèses que nous avons inventées et qui se fabriquent rapidement avec très peu d’argent. 5 dollars ! C’est en respectant l’amputé que la vraie charité fraternelle s’exerce. Il faut se poser la question : « Si j’étais à la place cette personne amputée, comment aimerai-je qu’on me traite et avec quel type d’appareil aimerai-je marcher ?
Ces appareils que nous fabriquons permettent aux nouveaux amputés de marcher rapidement après la cicatrisation de leur moignon. Ce qui prend deux semaines.
Le soir, après la journée de travail nous allons comme à notre habitude visiter les malades.. Ils sont installés dans les étages de cette école qui a été transformée en hôpital.
MARIE KHOURI.
Et voici que nous rencontrons une jeune fille de 19 ans, Marie Khouri. Elle est complètement paralysée et ne peut même pas enlever une mouche venant sur son visage. Elle ne peut que parler et sourire. Nous lui demandons ce qui lui est arrivé.
« Il y a quelques mois, nous dit-elle sans aucune rancune dans sa voix , j’étais devant ma maison. Des soldats druzes m’ont posé la question :
-Es-tu chrétienne ? »
-Si tu redis cela, nous te tuerons.
Marie leur dit simplement :
-Je suis née chrétienne et je mourrai chrétienne.
Alors un des soldats sort son revolver, le place sous le cou de Marie et l’abat sauvagement.
Marie tombe perdant beaucoup de sang tandis que les soldats partent en courant. Après s’être moquée d’elle en inscrivant une grande croix sur son corps avec de la poussière.
Au même instant, une ambulance de la Croix rouge internationale était en train d’arriver . Conduite à l’hôpital, Marie conserve la vie mais restera complètement paralysée des quatre membres.

LA CHAMBRE DU PARDON
Nous lui avons demandé :
-Si tu revoyais ton agresseur, que ferais-tu ?
-Comme je lui ai pardonné du fond de mon cœur, et Dieu aussi lui a pardonné, je l’accueillerais avec mon sourire.
Deux ans plus tard, en nous rendant en Syrie, nous nous sommes arrêtés au Liban et avons revus Marie. Elle était dans une chambre avec deux autres jeunes filles paralysées comme elle et sur la porte d’entrée, il y avait cette simple phrase : « Ici est la chambre du pardon. »
