NOTRE FRÈRE ULYSSE

1991, Pereira en Colombie

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En Colombie, à Pereira, le 2 mai 1991, le jour de la Sainte-Croix, les sœurs nous emmènent un soir rendre visite à des enfants qui vivent dans la rue. 

Pendant que nous montons à l’étage pour voir Lucia, une amie des sœurs, un jeune du nom d’Ulysse descend les escaliers avec son compagnon « occasionnel ». Il ressemble plus à un homme qu’à une femme. La sœur nous fait signe que c’est un travesti. Nous retournons le rencontrer et parlons avec lui. 

Il accepte de venir nous voir le lendemain matin, premier samedi du mois à 11h. ils sont cinq finalement.

Ulysse était bien maquillé avec des cheveux longs et un pantalon de femme. Il avait appelé ses compagnons pour leur dire : « Dieu veut nous aider par l’intermédiaire des frères et sœurs. » 

La conversation est directe :

-Voulez-vous changer de vie ? 

Seul, Ulysse répond à cette question :

-Oui, je le veux sincèrement.

Les autres restent muets et quittent la pièce comme ils sont entrés.

–Alors, si tu le veux, vraiment, lave ton maquillage, coupe tes cheveux et mets des vêtements d’homme.

-Je suis d’accord.

-Alors viens ce soir. Tu pourras te confesser et si tu le désires et tu participeras à l’eucharistie.

-C’est ce que je désire au plus profond de mon cœur.

-Les sœurs sont prêtes à t’aider pour sortir de l’enfer. Tu pourras balayer les salles de classe du pensionnat qu’elles tiennent.

Le prix à payer

Tous les matins, il est fidèle à son balai pour faire son travail. Touché par le Seigneur, il est vraiment déterminé. Après quelques semaines, son regard a complètement changé. Les sœurs lui trouvent un autre travail dans une banque pour porter le courrier à vélo. Il est vraiment heureux. Il voudrait partager sa joie avec ses copains.

Eux n’ont pas changé d’attitude. Ils gardent leur visage dur et tendu avec Ulysse, alors que lui est maintenant, souriant. Il a rencontré Jésus qui lui a donné sa joie et sa confiance. 

Un jour, un de ses copains se lève, s’approche d’Ulysse et le poignarde dans dos pour le tuer. Le démon vient de se venger de la pureté qu’Ulysse avait retrouvée dans son cœur, son corps et tout lui-même. 


L’Eucharistie vivante

Dans ce monde que nous avons côtoyé pendant 30 ans, il y a beaucoup de martyrs qui ne sont pas sur les autels mais qui seront les premiers dans le Royaume comme Jésus nous en parle. 

Faisons attention de ne pas cataloguer les gens qui nous paraissent dans des situations pénibles. Ne les jugeons surtout pas. Seul Dieu peut encore leur donner l’espérance de vivre une vie meilleure, Une vie d’amour vrai. Tous ces hommes et Ces femmes, marqués par de profondes blessures et affamés d’amour, nous ont remis en face de l’essentiel de notre vocation profonde : la contemplation amoureuse de notre Bien-aimé Frère et Seigneur Jésus

Il est dans l’ Eucharistie. 

Il est aussi présent en chacune des personnes meurtries par la violence et la laideur de la prostitution, de l’alcool et de la drogue.  

C’est l’Evangile qui nous le dit.

Il est Présent en chacune et chacun de ceux que nous avons rencontrés dans ces eucharisties, ces confessions, ces réunions dans les rues mal famées et les bars enfumés, dans les ateliers d’apprentissage, les centres de travail ou les Misérables maisons des quartiers pauvres.

Jésus a voulu faire l’Eucharistie avec le pain et l’eau de tous les hommes du monde entier. 

Ceux que nous rencontrons sont vraiment des frères et sœurs, que Jésus a voulu que l’on rencontre en premier. 

C’est l’Eucharistie vivante. 

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