La seule richesse qui compte, c’est celle du cœur

Aix les Bains, 2015

Joël, je te baptise au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Je m’appelle Joël et j’ai rencontré les frères Jaccard au monastère des sœurs de Bethléem en Savoie en 2015. 

Je luttais contre un cancer depuis dix ans. J’étais en grande souffrance car ma femme était partie à cause de mon cancer.

Je souffrais beaucoup de solitude. La famille était détruite.  Je me sentais terriblement trahi et abandonné après tout ce que j’avais donné car j’avais tout donné…et je me battais seul.

Bien que nous n’étions pas pratiquants, une petite lumière à l’intérieur de moi  ne m’avait jamais quitté et me parlait. Car quand j’accompagnais mon fils pour des courses de vélo, si je voyais une église, j’entrais toujours. J’avais besoin d’aller dans les églises.

Je souffrais donc physiquement et moralement et j’allais régulièrement au monastère déposer des bougies. 

La rencontre avec les frères est la plus belle rencontre de ma vie. Je ne pourrai jamais les oublier. Ils ont été un soleil. 

Je me souviens encore de cette première rencontre avec le père Raymond alors que j’étais très timide. Il a ouvert ses bras et je suis tombé dans ses bras. Il avait ce sourire qui m’anime.  Il avait cet amour profond qui m’anime aussi au fond de mon cœur. 

Et en fait, en le rencontrant, je me suis retrouvé moi-même. 

Le père Raymond c’était un coeur. 

Un cœur immense, puissant. 

C’était l’Amour. 

Face au monde de la religion, j’étais comme un petit enfant devant tout cela.  Et jamais je n’aurais été demander le baptême. Je ne me sentais pas avoir accès à tout cela. J’étais trop petit dans ma tête. Mais les frères, ils m’ont aimé. Personne m’a aimé ainsi. Ils m’ont fait touché que j’étais aimé.  J’étais plutôt du style à me faire disparaître. Et depuis, mon coeur est en train de s’ouvrir au ciel pour voir Jésus et Marie.  Tout mon être s’ouvrait et c’était magnifique. Et çà, c’est grâce à eux. Les autres  prêtres que je rencontre, cela leur passe complètement à côté. Raymond croyait en l’homme, en tout homme.  Lui et Pierre, c’était Jésus.

Pierre était droit comme avec sa canne. Il était un peu plus froid au départ. Mais Pierre m’a regardé. Il m’a écouté. Il a pris le temps de me connaître. Parce qu’il était comme ça Pierre, il avait besoin d’un peu de recul. Alors lui aussi, lorsqu’il a ouvert ses bras et son cœur, c’était très profond.

C’était des moments magnifiques. J’ai fait des rencontres merveilleuses. Puis les messes dans la chapelle de Raymond, c’est inoubliable. 

A table, il y avait toujours du monde. Toujours une assiette et une soupe… En fait, c’était Noël tous les jours chez Pierre et Raymond.  J’ai senti ce cœur de Raymond et moi j’avais aussi ce cœur.  Quand je le voyais, je me voyais et je touchais ma profondeur. Cela personne ne l’a fait car la paroisse, c’était trop compliqué pour moi. 

Il m’a mis Jésus à portée de main. Jésus est venu vers moi, jusqu’à moi, dans ma vie grâce à eux.  Ils me montraient ma richesse, la richesse de mon cœur.

Que la seule richesse qui compte, c’est celle du cœur. 

Çà, c’est les frères.  

Ils nous ont révélé que la seule richesse est celle du cœur. 

Et que tout le reste, c’est que du blabla. 

Alors, je comprenais que j’étais aussi fait pour Jésus. 

Je n’oublierai pas Pierre qui à la fin de sa vie nous montrait l’hostie en disant : « Cela me brûle de te donner Jésus mais je ne peux pas. Faut qu’on fasse quelque chose ». Il tendait l’hostie de la messe vers moi mais je n’étais pas baptisé.  Après, il est trop vite parti et j’ai regretté qu’il ne m’ait pas baptisé.

Raymond, lui c’était l’amour en personne. Mais à un point inimaginable. Je n’ai jamais vu cela. Il avait une tendresse, une gentillesse. Je ne peux pas vous dire avec des mots.

Aujourd’hui, il nous manque….Combien de fois on le voit ainsi. On voit cet amour. On le reçoit. Il avait son caractère, ses défauts mais c’était un saint.

Et l’enciellement de Pierre. C’était un enciellement pas une sépulture. La sépulture, c’est dramatique. Tout le monde est en noir.

Pendant 8 jours, Pierre est devant nous à portée de main, allongé. Les gens viennent de partout. On lui prend les mains, on l’embrasse. On prie, on chante, on danse autour de lui et Raymond le premier. Et il fait reprendre les chants. On chante : « La paix, oui la paix c’est le don de Jésus », une des chansons aimées de Pierre. 

Raymond transmet la joie. Il va retrouver Maman Marie. On est heureux. On va au ciel. On s’en fout de mourir, en fait on va au ciel.

Le jour de l’enciellement arrive.  C’est une fête qui dure 3h et on finit par chanter : « Il est né le divin enfant » car Pierre est né au ciel. On est transporté tous dans une joie qui nous saisit tous. J’ai jamais vu cela.  Je suis porteur du cercueil ce jour-là et je suis très touché. Puis on monte au monastère et là on a tous une pelle pour mettre de la terre sur le cercueil. Et on n’arrête pas de chanter des alleluias avec Raymond qui nous fait tout le temps reprendre….

Puis après le départ de Pierre, j’allais encore dire bonjour à Raymond.  Je voyais Raymond baisser   et un jour je lui ai demandé de me baptiser. C’est un jour inoubliable. Le baptême a duré 2h30 avec deux autres prêtres. On était tous au ciel et lui il était heureux.  Quelle journée inoubliable. On chantait le ciel. On dansait dans la chapelle en louant le Seigneur : « Aimer, c’est tout donner… Ressuscito… » Et il est parti vers Dieu 5 jours plus tard. On dirait qu’il a attendu pour partir. C’est le dernier acte qu’il a fait : me baptiser le dimanche. Le surlendemain, il partait à l’hôpital pour son dernier voyage.