Marie, l’Evangile et l’Adoration sont les trois thérapies que l’Eglise te donne pour te plonger dans le Cœur brûlant d’Amour de Jésus à la Croix qui transforme le tien.
Nous venions d’accueillir notre 4è enfant et nous nous préparions à nous prendre chacun notre route. Plus rien n’allait entre nous. C’était devenu insoutenable ensemble.
« Aimez-vous » : la rencontre qui a tout renversé
Le père Raymond nous a fait passer à une vie complètement inversée, à une réelle conversion de nos cœurs et de nos vies. Il a été radical et audacieux.
Dès notre première rencontre, le Père Raymond sans parler beaucoup a vu profondément la colère de mon mari qui restait distant. Le père voyait loin. Il a vu aussi que j‘étais blessée. Il nous a vus dans notre essoufflement et dans notre humanité. Immédiatement, nous avons été touchés et nous ne comprenions pas bien ce qui se passait en nous. Le père Raymond était rayonnant d’amour. Et il nous disait :
« Aimez-vous. »
Avec une parole forte d’autorité mais aussi avec tellement d’amour, il nous a dit:
-Tous les jours, il vous faut prier le chapelet, adorer Jésus dans l’eucharistie et lire l’Evangile !!!
Il n’y allait pas par quatre chemins. On était bien chrétiens mais enfin.
On s’est dit : « C’est bien gentil. Mais on n’y arrivera jamais.» Cela paraissait complètement fou et tellement au-delà de tout. Inconcevable !
On se disait qu’il y avait quand même quelque chose à faire.
La Croix au cœur du couple : réconciliés
Il ne nous a pas parlé de Jésus mais il a parlé à notre couple. Nous n’allions vraiment pas bien. Il nous a dit de vivre notre vie de couple. Nous étions très blessés tous les deux.
Il nous a dit de nous sentir, de nous regarder, de nous toucher. Il nous a dit aussi de mettre la Croix au cœur de notre vie, de nous pardonner : «Pardonnez-vous et si c’est trop difficile, si vous n’y arrivez pas, prenez la croix au milieu de vous et dormez avec la Croix. Touchez-là. »
Le Père nous a réconciliés ! Quelle merveille !
Nous avons été très touchés par son regard. Les enfants aussi. Alors qu’il était âgé, fatigué, il y avait en lui un mystère qui l’habitait. Tout le monde sentait cela. Les enfants entre deux et dix ans le sentaient aussi très forts et il attirait.
Le Père avait semé. J’ai commencé à prier d’abord toute seule puis avec mon mari. Au fur et à mesure, cela s’est installé dans toute la maisonnée et cela nous a unis de plus en plus fort en famille.
Jésus à la maison : une confiance inouïe
A la Toussaint suivante, nous sommes venus au monastère. Il nous a bénis. Il disait à mon époux : «Va te raser ! Soit beau pour ta femme. Aimez-vous. Puis il nous a proposé d’avoir Jésus à la maison. » Il sentait que Jésus allait nous permettre d’aller beaucoup plus loin. Il fallait Dieu lui-même pour continuer le travail. Quelle confiance il nous faisait. Il fallait nous préparer le cœur jusqu’à ce que nous le retrouvions l’année suivante.
L’année suivante, lorsque nous l’avons retrouvé, il nous a fait renouveler notre mariage sur la croix mariale.
Puis, il nous a fait une confiance inouïe. C’était cela le Père Raymond, il ne s’arrêtait jamais à nos misères, à nos faiblesses, à nos obstacles. Il ne jugeait pas, ne jugeait personne. Il misait sur Jésus avec une confiance totale et sur chacun, sur son être de grâce. Il faisait tellement confiance.
Il a su que nous avions besoin de vivre avec Jésus. Mais nous n’en étions pas dignes. Cette confiance inouïe nous a laissé tellement ébahis…. C’était un geste d’amour fou que Jésus soit chez nous. C’était dingue. Nous étions bouleversés et tout tremblants. C’était complètement fou. C’était dingue. On était abasourdi. Il a eu un geste de confiance totale envers nous et cela nous laissait sans mot.
Jésus est arrivé dans notre vie familiale tellement pauvre. Et cela a été un grand tournant.
Mon mari s’est mis à prier ainsi que les enfants. Jésus a changé toute notre vie. Il est venu habiter notre vie de pauvres. Il est venu habiter toutes nos misères. On savait qu’Il était toujours là. C’était le pilier pour avancer à travers tout…
Le Père Raymond nous avait dit: «Il vous aime plus que tout, plus que tout ce que vous avez imaginé ».
Cette parole qu’il nous avait dite nous habitait.
Oui nous étions indignes d’avoir Jésus. C’était un cadeau d’amour. Après un certain temps, on s’est rendu compte avec mon mari… que nous n’arrivions plus à nous juger. Vous imaginez le miracle ! Nous étions toujours aussi insupportables mais un mur nous empêchait de nous juger. On aurait voulu et on n’y arrivait plus.
Il y avait un barrage à l’intérieur de nous. C’est Jésus qui a opéré cela en nous.
On priait. On était attiré par Jésus. Au départ, quand on a commencé à prier tous les deux devant Jésus, on s’engueulait tout le temps. Puis on a appris pris peu à peu à faire autrement.
Le Seigneur a changé tout notre vie. On s’est mis à le mettre vraiment au centre de notre existence et peu à peu il nous a menés presque à notre insu.
Dans ma vie personnelle, il m’a affirmée dans mon identité de femme blessée puisque je n’avais pas été reconnue par mon père. Il me donnait l’audace d’être qui je suis et d’exister dans ma vie de femme.
Au fur et à mesure, nous sommes rentrés dans ce cœur à cœur, dans cette intimité avec Jésus. Le matin nous prenons tous un petit moment avec lui. Parfois maintenant je me réveille à 5h et je vais l’adorer. Pour mon mari comme pour moi, nous avons vraiment vu la main du Seigneur dans notre vie. Le Seigneur veut nous mettre debout. Nous savions que c’était Lui qui faisait tout cela.
J’ai parlé avec des prêtres en leur disant combien il est nécessaire pour des familles d’adorer Jésus et de le mettre au cœur de leur existence quotidienne. Certains y sont de plus e plus sensibles.
Un regard qui restaure
Je suis aussi allé passer quelques jours avec le père au monastère et je lui ai raconté mon histoire personnelle très blessé. Alors j’ai vécu quelque chose de très spécial. Il m’a regardée avec un amour fou comme s’il avait souffert pour moi. Dans toute mon histoire, je ne me suis jamais sentie autant aimée que dans le regard qu’il a posé sur ma vie blessée, très blessée. Il n’a rien dit. Il n’a posé aucune parole. Mais c’est comme s’il avait tout partagé et j’ai eu l’impression que juste par son regard, il avait compris toute ma souffrance. C’est comme ce regard que Jésus pose sur l’homme riche de l’Évangile. Il le regarda et il l’aima. Le père m’a regardée et m’a aimée comme Jésus. Combien cet homme de l’évangile a dû être transpercé par l’Amour du Christ. Dans le regard du père Raymond, on sentait quelque chose du : « Je t’ai connu dès le sein maternel. Tu étais connu dans l’Amour. Il y avait quelque chose de très puissant dans son regard. J’ai senti un amour très paternel. J’avais été très blessée par mon père mais dans son regard, quelque chose me réconciliait avec l’amour du père. C’était un regard paisible, un regard qui restaure plein d’assurance.
Un jour, il m’a dit : « Il faut toujours que tu sois souple comme ces arbres. » Cela m’a profondément marqué et j’ai compris que j’avais à me laisser conduire par le Souffle de l’Esprit Saint.
Avec Dieu, Il faut se laisser déplacer. Cette parole est un roc pour ma vie avec Jésus. Il nous faut apprendre à lâcher prise et à aller vers des endroits que nous n’avons jamais imaginé comme les frères eux aussi se sont retrouvés dans des missions qu’ils n’avaient jamais programmés par eux-mêmes. Càd que ce n’est pas eux qui avaient décidé au départ mais les événements qui ont orienté leur vie. Ce n’est pas toi qui crée l’évènement. Au contraire, tu saisis une opportunité derrière laquelle Dieu se cache mais tu n’en es pas le maître.
Il nous a fait aussi rentrer beaucoup dans la vie du petit Robert, ce jeune lépreux du Cameroun qu’il avait accompagné. Les enfants ont été très touchés par le petit Robert. Nous le prions. Il fait partie de notre horizon.
Je fais une parenthèse en disant que le père Raymond est très important dans la vie de nos enfants. C’était un peu l’église « no limite ». Il donnait cette liberté et ne tenait pas un cadre enfermant tout en étant très fidèle mais il était déjà dans la liberté des enfants de Dieu. Et cela était très important pour les enfants parce que l’amour était premier. Tous nos enfants ont été marqués et c’est pour la vie. Il fallait le voir au sanctuaire avec les 150 jeunes qui chantaient , dansaient avec lui et son fauteuil, qui tombaient dans ses bras. C’était une joie débordante, une fête du ciel. Les enfants sentaient en lui un mystère. Ils sentaient l’amour. On baignait dans l’amour. Lui-même avec les pauvres les avaient tellement aimés.
Des gens qui viennent chez nous et nous disent : « Qu’est-ce qu’on sent la présence du Christ chez vous. » J’aimerais que notre maison devienne relais d’adoration où tout le monde peut venir prier.
Je pense que chacun a été aimé par Dieu d’une manière exceptionnelle. Le père voyait vraiment le cœur de chaque personne et il voyait la personne dans toute sa grandeur, sa beauté. Et je pense que à travers ce regard du père, chacun se sentait aimé par Dieu d’une manière unique et totale. C’est cela qui nous réjouissait et nous réunissait.
Le père est avec nous tous les matins quand ils ont le chapelet. Je sens vraiment sa présence.
La nuit même de sa mort, je l’ai vu. Il me disait qu’il m’aimait. Et que je ne devais pas le retenir. Et le lendemain sans que je parle de cela à personne, je rencontre une amie consacrée Michèle qui me sort la parole de Jésus à la résurrection pour Marie Madeleine : « Ne me retiens pas, je monte vers mon Père… » Ce n’est plus mon père Raymond à moi. C’est le père Raymond pour toute l’église, pour la communion des saints. Il est là pour chacun de nous. Cela m’a beaucoup touché et pourtant le Christ m’a vraiment aimé moi personnellement.
Ce grand amour du père continue de vivre en nous et de nous porter là où il est. Il partait très conscient. Nous sommes allés le voir deux jours plus tard à l’hôpital. Il n’avait aucune crainte. Il était tellement dans l’instant présent et ne vivait que du « ici maintenant dans la joie du moment » C’est une grande leçon qu’il nous laisse.



