Père Raymond – Jeune prêtre à Saint Ferjeux

Curé de paroisse à Besançon

A la paroisse de St Ferjeux à Besançon, le curé  vient de faire trois infarctus, les deux vicaires sont aussi épuisés. 

Partout où il passe   l’Abbé comme on l’appelle, transmet la foi avec un dynamisme missionnaire qui déborde de toute sa personne. C’est comme un feu qui s’allumait sur son passage et grandissait de semaine en semaine.  

Le matin, il prie et l’après midi, va visiter les gens chez eux. Il crée des liens.  Il les relie à Dieu et entre eux.  Il est débordant de joie et de force spirituelle. C’est comme un feu qui s’allumait sur son passage.

« C’est le travail de l’Esprit Saint dit-il, ré-assembler l’humanité dispersée. »  En huit ans, il connaît trois mille personnes et crée plus de 20 mouvements : légion de Marie, camps de garçons, de filles,  catéchistes, jeannettes, scouts, servants de messe, patronage, garderie, Joc…. 

Il fait connaître à tous Claude Georgeon.

Le choix des pauvres

C’est sa marque : les familles démunies de la cité Pesty dont personne ne s’occupe. Pour leurs enfants, il lance un groupe de jeannettes, non intégrées avec les jeannettes des familles bourgeoises. Il trouve des dames pour coudre des jupes et des cravates à ces enfants qui n’auraient pu se payer des uniformes. 

Il est aussi présent aux bonnes dames de la grande société au château de Montferrand.  Il aborde les gens sans distinction de rang social et avec un tel naturel en allant de l’un à l’autre avec une aisance étonnante. 

Les camps à vélo

Pour les jeunes qui traînaient dans les rues, il lance des camps à vélo. 

Ses moyens sont pauvres et méprisables.  C’est souvent la débrouille. Il ne cherche pas une perfection humaine mais à insuffler un nouveau souffle missionnaire.

Va falloir trouver des vélos à prêter à tous ces jeunes qui n’ont pas le sou. Le jour fixé, tout le monde est en selle pour une aventure inoubliable. 

55 ans plus tard, certains repartiront  avec émotion sur ces lieux qui les ont marqué à vie. Ces jeunes dont la vie n’était pas facile découvrent la splendeur de la nature.  La splendeur des montagnes, l’effort des montées, les messes à ciel ouvert.  Et l’évangile est tous les ours au rendez-vous.

L’Abbé Jaccard les éveille à la louange et à l’émerveillement.  C’est un camp marqué par le service, le don de soi, la joie et le partage.

« Cela m’a formé pour toute ma vie, lui écrit Christian puis pour ma vie avec ma femme et mes enfants. » 

L’Abbé est un pédagogue et éducateur attentif. Il ne laisse rien passer au hasard. Si un jeune se laissait mal entraîner, il n’était pas là pour le recadrer mais pour l’inviter à réfléchir. Lors d’un camp, il emprunte le chien du curé « Negro »  et observe comment chaque jeune traite ce petit Negro. 

Il les encourage aussi sur le chemin de la prière. Et s’il pouvait les mettre sur le chemin de l’adoration, il n’attendait que cela.

Chacun est amené à se dépasser au point que les parents s’étonnent :« Qu’est-ce que vous avez fait à notre fils, on ne le reconnaît plus. »

Jésus est la solution

Il ne laisse personne sur le carreau et cherche toujours une solution avec une inventivité incroyable. « Depuis que Jésus est ressuscité, il n’y a que des solutions dit il. 

Il ne pouvait pas voir quelqu’un à la rue. Il les envoyait à la ferme proche ou chez des gens et leur disait: «  Vous leur direz : C’est le curé qui m’a dit de venir chez vous »

Alors qu’une famille vit dans un appartement insalubre, il mobilise ses jeunes pour réparer cet appartement. Ainsi, ramenait-il les jeunes

d’une vie plus que chaotique à une vie droite et responsable. 

L’Abbé se laisse conduire par les événements.  Une fois, il voit arriver un pauvre homme qui charge du sable sur son vélo. Il  lui dit : « Tiens prends ma voiture, et donne-moi ton vélo ». Ce qui fut dit, fut fait.


Beaucoup de faits de ce genre tissent sa vie de prêtre.. Les familles nombreuses, les pauvres, les malades, les étrangers portugais et espagnols, les foyers désunis par l’alcool et les enfants dispersés, les prisonniers libérés sans foyer d’atterrissage blessent son cœur d’homme et de chrétien. Il fait appel à tous pour servir et répondre à chaque S.O.S.

Il pousse un couple à une désintoxication de l’alcool et trouve une famille pour placer les enfants quelques semaines. Le papa communiste qui a déjà huit enfants accepte  immédiatement d’accueillir deux bouches à nourrir en plus en disant : « Quand on fait pour huit on fait aussi pour dix. »

Une ancienne témoigne : il me donnait toujours plus de responsabilités. Mais il était très attentif à ce que mes parents acceptent. Il était dans notre famille comme un grand frère mais nous le respections car il était prêtre. Il a amené mes parents et mes neuf frères et sœurs à revenir à l’église.

Gérard  Martin : 

Alors que je n’avais que 12 ans, il a fait de moi un homme. Il nous poussait à un développement personnel en lien avec la foi. Il m’a confié des responsabilités que je n’aurais pas connues dans quelque chose de plus organisé. Avec l’Abbé, on ne participait pas à une œuvre déjà planifiée, on bâtissait quelque chose ensemble. Il nous apprenait beaucoup à choisir, à prendre des décisions.. les lieux où on irait au camp, les routes qu’on prendrait… 

« C’est quoi la liberté ? répétait-il Une croissance d’amour » 

Quand il célébrait la messe, Il avait une présence ! Et de l’évoquer 45 ans plus tard, cela m’émeut encore. C’était une présence, une vraie ouverture à Dieu,

à  Quelqu’un qui a une Réalité qui nous dépasse et qui nous laissait libre.

On n’était pas dans un schéma très arrêté.

Nous étions devant un témoignage, un vrai témoignage mais qui nous laissait libre. On n’était pas embrigadé. On ne suivait un mode d’emploi. C’était le témoignage d’une Présence. C’était un vrai témoignage.


Vivre l’Evangile

Chaque fois qu’il franchit la porte d’une maison, il partage un temps d’Evangile avec les gens et les aide à voir comment traduire cela dans leur vie. « Je cherchais à éveiller une foi plus personnelle. »

Lors d’un camp, une jeune ne veut pas dormir dans la paille à cause de l’odeur de vache. Comme elle s’obstine  à vouloir dormir dehors, l’abbé reprend devant toutel a troupe l’épisode de de la naissance de Jésus posé dans la mangeoire à Bethléem, ce qui a fini par calmer tous les esprits.

Toutes les réunions se faisaient avec l’évangile.

On regardait ce que Jésus faisait et il nous faisait réfléchir  pour ressembler à Jésus. Il lisait beaucoup de textes avec la Sainte Vierge. 

« Il était souvent 22h30 quand on terminait les réunions.  Dans la voiture, il continuait à me parler souvent de l’évangile. J’écoutais puis il rentrait avec moi à la maison. Et il parlait encore avec mes parents. A nouveau, il leur lisait un passage d’évangile souvent avec ma maman. 

S’il me reprenait, c’était toujours à partir de l’Évangile : « Vous avez ragé mais pourquoi ? Qu’est-ce que Jésus aurait fait ? Qu’est-ce qu’il aurait dit ? Pensez-vous que Marie aurait réagi comme cela ? On baignait dans l’Évangile. C’était comme un jardin dans lequel on se promenait. J’ai vécu huit ans comme cela. Et c’était vraiment huit ans super. 

Il nous formait. Et cela m’a servi toute ma vie.

Après 65 ans, je me souviens encore de ma première confession avec émotion comme si c’était hier. Le Seigneur m’a visitée à ce moment-là. Il avait un charisme de confession incroyable et nous faisait expérimenter l’Amour de Dieu au point que cela nous imprégnait l’âme. Il nous invitait à ne plus avoir de crainte. Il n’était pas moralisant et ne s’attardait pas sur les péchés. Après la confession, il me parlait de l’évangile. Cela m’a donné confiance et assurance pour aller de l’avant avec Jésus.  Il m’a parlé de Jésus d’une telle manière que cela me touchait beaucoup le cœur. Il nous faisait sentir combien Jésus nous aimait en allant jusqu’à la Croix pour nous. Il nous rendait Jésus tellement présent qu’il nous aidait à prendre la route avec Lui sans crainte. Ses paroles se gravaient dans nos cœurs comme de manière indélébile. C’était la grâce qui entrait et demeurait en nous à travers toutes ses paroles. Personne ne m’avait parlé ainsi. Et encore aujourd’hui, j’en ressens la présence »

Servants d’autel

Aux petits servants, Raymond ne manque pas de raconter l’histoire de l’ami de Pierre, Claude qui a donné sa vie pour Pierre.  Il les emmène en pèlerinage avec les parents de Claude sur le lieu de la chute et ensemble, ils construisent un autel aux Cornettes de Bises, là même où Claude a glissé. Pour le dixième anniversaire, un jeune voit briller un objet dans les cailloux. Mr Georgeon le papa de Claude reconnaît immédiatement le sifflet tout neuf  qu’il avait acheté à son fils avant son départ en colonie.

Va puiser à la Source

L’Abbé donnait beaucoup de son temps, de sa personne, de sa santé. Il ne dormait pas beaucoup, se levait de bonne heure et le soir,  se couchait très tard. A la cure, il devra se faire très petit car la gouvernante n’est pas commode et le père recteur le bride.

S’il rentrait après 20h, la gouvernante ôtait le couvert et le prive de dîner. Mais il ne se plaint pas même si ce sont des épines pour son cœur.

Avec les semaines qui passent, le temps de repos diminue. 

Changement de carburant

Une fois par mois, il rencontre ses confrères  dans une fraternité sacerdotale Charles de Foucauld.  Il propose de changer sa pauvre mobylette en une Norton 500 pour aller plus vite et rencontrer plus de monde.

Le frère responsable lui répond : « Tu sais, Raymond, les hommes ne se trouvent pas sur les routes. Elles sont dans le cœur de Dieu. Va  les lui demander. Il te les donnera. » 

Touché au plus intime, il décide de changer de carburant : Après le catéchisme du matin, il s’enfuit dans l’immense crypte souterraine et se cache derrière un pilier pour qu’on ne le trouve pas. Et là, il adore chaque matin.

Alimenter chaque jour sa prière devient un besoin très fort pour l’Abbé. 

« Il fallait le voir adorer. Témoigne une paroissienne.  Il disparaissait devant Jésus. Ce n’était plus lui, il n’était plus là. Il se fondait en Jésus. Rien que de le voir adorer et cela me faisait m’abandonner à Jésus en le voyant prier. Il m’a aidée à rencontrer Jésus dans sa présence eucharistique puis après dans ma vie de tous les jours.  Il m’a conduite à prendre conscience de sa présence aimante dans mon quotidien très simple. »

Il m’avait appris à écrire dans un petit calepin tout ce que je vivais. Si on me faisait des vacheries, j’écrivais et je parlais avec Jésus. Et puis, j’étais apaisée tout d’un coup. Le père Raymond nous a transmis l’amour de la présence de Dieu. Il nous montrait que Jésus était là vivant, présent et agissant.

Si vous le voyiez revenir de funérailles ?  A l’époque, cela nous impressionnait beaucoup les enfants avec des grands draps noirs. On le voyait toujours jubilant avec sa grande soutane noire et il s’exclamait : « Encore un qui a rejoint la maison du Père. Avec Raymond, on était dans l’amour avec Marie. Il te mettait sur son cœur.  Quand il nous parlait de Marie, cela rentrait en nous tellement il vivait avec Elle. Il nous a transmis son amour marial»

Va vers les plus pauvres

L’appel  missionnaire du Pape Pie XII dans son encyclique Fidei Donum (1957) retentit fortement dans son cœur. Le Pape invite les Eglises florissantes d’Occident d’envoyer des prêtres au service d’autres églises plus pauvres.

Un missionnaire du Cameroun passe à St Ferjeux. Il n’a plus de pneus pour visiter ses 40 paroisses éloignées l’une de ’autre. Il propose aux servants de messe d’aller ramasser des vieux journaux pendant un an pour les revendre et acheter quatre pneus pour le missionnaire rencontré peu avant.

Tous les jours de congé, avec des luges et des charrettes, les enfants sillonnent les rues et passent devant les maisons. Plusieurs tonnes sont collectées et vendues à la fin de l’hiver. 

« Si au moins Jésus, tu pouvais me mettre dans un des pneus, je serais arrivé plus vite au Cameroun… »  Il veut tellement partir en mission. Dieu va bientôt l’exaucer.

Un dimanche de juillet, revêtu d’une superbe chasuble offerte en cadeau par ses paroissiens, Raymond célèbre sa dernière messe.Le père Callerand invite Raymond à apprendre l’espagnol pour partir fonder un foyer de charité en Argentine. Après trois ans, un appel arrive du fin fond de la Dibamba, une léproserie de Douala au Cameroun. L’aumônier, le jeune père Bernard-Marie, frère de Foucauld vient de décéder d’un cancer à l’âge de 35 ans.