Suite à une mission de chirurgie et d’appareillage en 1995 dans le sud de la Russie, nous nous retrouvons à faire un pèlerinage sur cette terre des martyrs du XXè siècle : la Sibérie orientale.
Déjà l’an dernier, en accompagnant les reliques de la petite Thérèse de l’Enfant Jésus, que de témoignages nous avions reçu sur ceux qui ont vécu dans les prisons, les goulags ou les camps de déportation. Quelle tragédie que l’athéïsme du XXè siècle!
Le vendredi 15 septembre 2000, en la fête de Notre Dame des douleurs, nous partons de Bratsk à Krasnoïarsk. Le père Antoine Bandura, vicaire général et curé de la ville où nous devons nous rendre, nous conseille de faire le trajet en train et nous donne tout le nécessaire pour célébrer la messe.
Il nous révèle que des milliers de prisonniers de 40 camps ont travaillé à la construction de cette ligne ferroviaire de 1000 km.
Autour de Bratsk, d’autres prisonniers ont construit le grand barrage qui s’étend sur les dizaines de kilomètres et qui fournit l’électricité à toute la région.
Dans ce train, nous prions tout particulièrement pour ces prisonniers qui ont vécu dans des conditions inhumaines. Au cœur de l’hiver sibérien qui oscille entre -30° et -50°, ils devaient construire cette ligne chemin de fer. Les morts du froid extrême ou de la faim tombaient et étaient ensevelis vivants dans le béton qu’ils coulaient. Leurs corps furent mêlés à cette construction et c’est sur ce cimetière que nous roulons !

Jamais, nous n’oublierons cette eucharistie que nous avons pu célébrer seuls durant tout le voyage. Notre temps n’était pas compté pour contempler l’Amour de Jésus livré, Lui qui est notre Pardon et notre réconciliation.
Quelques jours plus tard, nous participions à la consécration de la cathédrale d’Irkoutsk avec le Cardinal Swiatek, cardinal de la Biélorussie et les quatre évêques de Russie.
Avec émotion, le Cardinal évoque ses trois voyages à Irkoutsk.
D’abord, tout petit, quand il a suivi ses parents, envoyés au goulag parce qu’ils étaient chrétiens.
Une seconde fois, quelques mois seulement, après son ordination sacerdotale, il est condamné à mort par les soviétiques et sauvé de justesse. A nouveau condamné à mort par les nazis et sauvé par l’Armée rouge le jour suivant. Et ensuite à nouveau arrêté par le KGB qui lui dit :
-Notre armée a besoin de toutes ses balles, nous n’allons pas en gâcher une en t’exécutant. Tu vas partir en Sibérie et là-bas, tu travailleras pour nous jusqu’à ce que tu en meures.
-J’ai prié, prié avec ferveur dit-il . Oh ! Pas des méditations et des oraisons compliquées, des ‘Notre Pèr’e, cette prière toute simple : « Donne-moi une bonne mort », et d’autres tout aussi simples, de celles qu’on connaît par cœur. Dans ces moments, on n’a pas vraiment le temps de penser !
Dix ans au goulag, un enfer sur terre.
Je priais pour Staline le ‘Notre Père’.
Dieu m’a gardé en vie. Dieu m’a toujours protégé.
J’avais, j’ai cette grande foi en Dieu et c’est elle qui m’a permis de survivre.
Sa peine terminée, on veut le fusiller une fois de plus mais l’officier du KGB, devant lequel il comparait et proclame sa foi, ordonne soudain sa libération.
Nommé évêque en 1991 et Cardinal en 1994, Mgr Swiatek a toujours gardé l’Espérance : « Nos croyants avaient une foi si forte que l’Espérance ne pouvait disparaître.
Dans la cathédrale, le cardinal se met à pleurer.

-Mon troisième voyage à Irkoutsk est pour la consécration de la cathédrale: « L’Eglise ne peut pas mourir car Jésus est avec elle jusqu’à la fin des temps. »
Une chapelle de la réconciliation et de la Paix est érigée le lendemain. A l’offertoire, de la terre des différents camps de travail est apportée dans des vases avec la marque du Christ ressuscité. Et chaque vase est posée dans une pierre.
Le Cardinal pardonne publiquement à ses bourreaux en son nom et au nom de tous ceux qui ont souffert. Et il va jusqu’à embrasser la pierre où est écrit le nom du camp où lui-même fut interné. Quelle émotion.
Puis il allume un cierge au Cierge pascal et transmet la Lumière du Christ Ressuscité aux témoins de la foi et aux fidèles.
Pierre et Raymond :
« Nous nous sentons liés à ce diocèse un peu comme la petite Thérèse était liée à l’Eglise. Nos santés ne nous permettent pas de travailler dans ce diocèse mais dans la ligne de la petite Thérèse, les année de vie que le Seigneur nous accorde encore, seront entièrement consacrées à aider spirituellement et matériellement l’immense diocèse qui vient de nous accueillir si fraternellement. »
A la lumière de cette déclaration, nous comprenons encore plus pourquoi père Pierre intercédait à chacune de ses dernières messes en citant le nom de « Staline »…. » Hitler, Staline, Mussolini…. Staline..Staline….
Les frères avaient offert les dernières années de leur vie particulièrement pour toutes les victimes de la dictature communiste athée et pour leurs bourreaux.Comme Pierre et Raymond, offrons notre vie à Jésus pour la rédemption du monde




