Les roses rouges d’Hugo

Père Hugo Velasquez
Père Hugo Velasquez

Appelé par Jésus…

En 1988, nous partons à Guayaquil pour une Mission auprès des lépreux de la léproserie de Quito. et aussi en vue de préparer une future fondation pour les Soeurs adoratrices de Colombie qui travaillent auprès des jeunes femmes de la rue.

Autrefois, d ans l’ avion entre Bogota et Panama, nous avions rencontré Hugo.

Assis à côté de nous, il nous interroge : « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » 

Lui aussi est prêtre et nous lui demandons de nous raconter la belle histoire  de sa vocation.

Il était professeur d’université, journaliste et  avait déjà écrit quelques livres.  Fiancé aussi à Miss Portorico de l’année, la plus belle fille de Porto Rico, il allait bientôt se marier.  Un bel avenir se profile pour lui : Prof d’université, marié à une beauté et un beau-père banquier. Que vouloir de plus ?

Mais Dieu en voulait autrement.

Un ami venant d’Europe lui  demande de traduire un ouvrage  italien en espagnol. C’était l’histoire d’un prêtre travaillant dans un milieu très très pauvre. 


Il s’attelle à la traduction mais plus il avance, plus il est questionné en  lui-même.  Troublé, il confie son questionnement à Notre-Dame de Guadaloupe, la Vierge mexicaine. 

« Je vais faire une neuvaine et prier de tout mon cœur, mais si le dernier jour de La neuvaine une personne m’apporte un bouquet de douze roses rouges, ce sera le signe que le Seigneur Dieu veut que je sois prêtre.»

Le quatrième jour, une amie hongroise, journaliste arrive très tard chez lui :

-Hugo, j’aurais voulu te trouver des roses blanches et j’ai fait plusieurs magasins de la ville. En vain ! C’est seulement dans la dernière boutique que j’ai trouvé des roses et j’ai pris ce qui restait, tu m’excuseras.

Hugo se met à compter…9…10….11……12. Il se met à trembler. 

-Qu’est-ce qui t’arrive Hugo ?

Le signe était là. Il prend son téléphone et appelle sa chérie pour l’inviter au restaurant dès le lendemain.

-Oh ! Hugo, oui bien sûr avec joie. On pourra fixer la date du mariage et déjà préparer le faire-part.

Le lendemain, la jeune femme s’effondre.
La première année de séminaire, le visage de sa bien-aimée ne cessait de revenir dans la tête d’Hugo qui finit par dire au Seigneur : 

« Seigneur, ou tu me guéris et alors je continue ou tu ne m’as pas appelé et j’arrête ».
A l’instant même, il a été délivré de l’obsession de sa chérie.

Dieu est toujours le plus fort. Il conduit les événements de notre vie toujours au-delà de ce que nous avons imaginé. Pourquoi ne pas nous abandonner totalement à sa Providence ? 

…Poussé par les Frères!

Le père Hugo que nous avons visité en Equateur vivait de cet esprit d’abandon au plan de Dieu sur lui. Qu’elle n’était pas sa confiance : totale, filiale et amoureuse :  les trois dimensions de l’abandon de Jésus en croix.

Tout au long de son ministère, Hugo a reçu une grâce spéciale de se consacrer aux pauvres. 

-Mais les frères Pierre et Raymond dit-il  sont venus une après-midi et m’ont convaincu que mes yeux étaient assez fermés. Alors que je pensais être consacré aux pauvres, les frères m’ont dit:

-Il y a une rue que vous ne connaissez pas. La rue du 18è, la rue de la prostitution. C’est une rue importante dans ma ville où je n’avais jamais mis les pieds. Jamais, je n’aurais pensé aller dans ce milieu pour ne pas provoquer de scandale. Les frères m’ont dit:

« Père Hugo, il faut vraiment voir voir ces petites brebis perdues. »

Cela a été une après-midi difficile pour moi parce que l’on voit des filles derrière des cages , derrière des barrières presque nues. Les clients viennent devant pour choisir leur fille. C’est vraiment très dur à voir.

Beaucoup nous attendaient. Je leur ai dit que les pères français m’avaient emmené dans cette rue que je ne connaissais pas encore mais là, j’ai découvert que le Seigneur m’avait demandé encore plus de miséricorde pour elles.Quand elles ont réalisé que nous étions prêtres, elles ont disparu et sont revenues habillées correctement. Nous sommes allés dans un endroit pour que nous puissions parler. A partir de ce moment-là, elles ont commencé à parler non pas comme des prostituées mais comme des femmes normales.Pierre leur a parlé aisément de leur vie avec leurs enfants, leurs santés. Plusieurs d’entre elles ont commencé à raconter des choses de leur vie en pleurant. J’ai réalisé que la prostitution n’était pas quelque chose d’horrible qu’on m’avait présenté mais que c’était la situation sociale de gens qui faisaient partie de ma paroisse.  Beaucoup ont pleuré parce que leurs enfants n’étaient pas baptisés.

Grâce aux frères, j’ai rencontré le Christ dans ce milieu où je ne serais jamais allé.  

« Les frères m’ont impressionné quand ils m’ont dit de commencer à faire quelque chose. Mais comment ? Ce n’était pas le milieu qui allait changer mais moi, je devais d’abord changer mon regard.

Et j’ai compris que je devais d’abord arriver à voir Jésus en chacune d’elles.

Et j’ai commencé avec deux sœurs du Bon pasteur. Mais l’essentiel, c’est le désir de les rencontrer, de les écouter, de les aimer et de leur donner une ouverture sur ce dont elles ont besoin.  Ensemble, on peut faire quelque chose. »

Le Père Hugo Vasquez Almazan est décédé à 73 ans le 6 mai 2008 après une vie sacerdotale qui a marqué toute l’Eglise d’Equateur. Il avait une profonde vénération à la Vierge Marie.