Les roses rouges d’Hugo

Père Hugo Velasquez

Père Hugo Velasquez

Appelé par Jésus…

En 1984, nous partons à Guayaquil pour une Mission auprès des lépreux de la léproserie de Quito. et aussi en vue de préparer une future fondation pour les Soeurs adoratrices de Colombie qui travaillent auprès des jeunes femmes de la rue.

Autrefois, dans l’ avion entre Bogota et Panama, nous avions rencontré Hugo. Quelle merveilleuse rencontre.

Assis à côté de nous, il nous interroge : « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » 

Lui aussi est prêtre et nous lui demandons de nous raconter la belle histoire  de sa vocation.

A 27 ans, il était professeur d’université. Journaliste et  avait déjà écrit quelques livres.   Sa fiancée était la plus belle fille de Porto Rico, Miss Porto Rico. Le papa de cette fille était banquier, ce qui n’était pas négligeable. Hugo avait un bel avenir en perspective: carrière brillante, épouse jolie et intelligente, beau-père financier…. mais le Seigneur est intervenu d’une manière extraordinaire. Il en voulait autrement.

Au Festival de l’Espérance de Besançon en 1985, le Père Hugo a raconté son histoire bouleversante.

Un ami d’Hugo revenait d’Europe. Il lui a présenté un livre en italien en lui disant: »J’aimerais que tu me traduises ce livre. » Hugo a répondu: »Bien sûr, je te fais çà. »

Plus Hugo traduisait, plus il devenait inquiet parce que cet ouvrage traitait de la responsabilité du prêtre dans le monde d’aujourd’hui. A la dernière page, le pauvre Hugo était complètement désemparé.

Il aimait énormément la Sainte Vierge en particulier la Vierge de Guadaloupe, vénérée au Mexique. Ne sachant que faire, il s’est adressé à sa Maman du Ciel: »Je vais prier pendant jours mais il faut que tu me donnes un signe. Si je dois être prêtre, je veux qu’à la fin de ce temps de prière, quelqu’un se présente avec un bouquet de douze roses rouges. »

Hugo s’est mis à prier. Le quatrième jour arrive une de ses amies, journaliste hongroise réfugiée au Guatemala qui lui dit: »Monsieur Hugo, je suis désolée. Si j’arrive tardivement, c’est que j’ai cherché des roses dans tout le quartier. J’ai pensé que cela vous ferait plaisir de recevoir un bouquet de roses blanches et de l’offrir à la Sainte Vierge. Je sais que vous l’aimez beaucoup.Dans la dernière boutique, il n’y avait que des roses rouges. »
En tremblant, Hugo compte les roses… dix, onze…..douze!

Il se met à trembler. 

-Qu’est-ce qui t’arrive Hugo ?

Le signe était là. Il prend son téléphone et appelle sa chérie pour l’inviter au restaurant dès le lendemain.

-Oh ! Hugo, oui bien sûr avec joie. On pourra fixer la date du mariage et déjà préparer le faire-part.

Le lendemain, la jeune femme s’effondre bien sûr..
La première année de séminaire, le visage de sa bien-aimée ne cessait de revenir dans la tête d’Hugo qui finit par dire au Seigneur : 

« Seigneur, ou tu me guéris et alors je continue ou tu ne m’as pas appelé et j’arrête ».
A l’instant même, il a été délivré de l’obsession de sa chérie.

Dieu est toujours le plus fort. Il conduit les événements de notre vie toujours au-delà de ce que nous avons imaginé. Pourquoi ne pas nous abandonner totalement à sa Providence ? 

…Poussé par les Frères!

Les Pères Jaccard sont venus me visiter. Depuis mon ordination, il y a dix sept ans, j’ai reçu la grâce de me consacrer entièrement à la vie des pauvres. J’ai commencé à travailler dans un quartier pauvre de Guayaquil, première ville d’Equateur plus importante que Quito. C’est une ville portuaire.

Une après-midi, les frères sont venus et ils m’ont convaincu que mes yeux étaient assez fermés.Ils m’ont dit:

-Il y a une rue que vous ne connaissez pas. La rue du 18è, la rue de la prostitution.

C’est une rue importante dans ma ville où je n’avais jamais mis les pieds. Jamais, je n’aurais pensé aller dans ce milieu pour ne pas provoquer de scandale. Les frères m’ont dit:

« Père Hugo, il faut vraiment voir voir ces petites brebis perdues. »

Cela a été une après-midi difficile pour moi parce que l’on voit des filles derrière des cages , derrière des barrières presque nues. Les clients viennent devant pour choisir leur fille. C’est vraiment très dur à voir.

Beaucoup nous attendaient. Je leur ai dit que les pères français m’avaient emmené dans cette rue que je ne connaissais pas encore mais là, j’ai découvert que le Seigneur m’avait demandé encore plus de miséricorde pour elles.Quand elles ont réalisé que nous étions prêtres, elles ont disparu et sont revenues habillées correctement. Nous sommes allés dans un endroit pour que nous puissions parler. A partir de ce moment-là, elles ont commencé à parler non pas comme des prostituées mais comme des femmes normales.Pierre leur a parlé aisément de leur vie avec leurs enfants, leurs santés. Plusieurs d’entre elles ont commencé à raconter des choses de leur vie en pleurant. J’ai réalisé que la prostitution n’était pas quelque chose d’horrible qu’on m’avait présenté mais que c’était la situation sociale de gens qui faisaient partie de ma paroisse.  Beaucoup ont pleuré parce que leurs enfants n’étaient pas baptisés.

Grâce aux frères, j’ai rencontré le Christ dans cette misère que je n’avais jamais rencontrée, dans ce milieu où je ne serais jamais allé.  

« Les frères m’ont impressionné. Ils ont insisté pour que je commence à faire quelque chose pour ces filles.

Et je me sentais complètement dépassé par la tâche. Mais comment faire?

Après avoir prié la Vierge Marie, j’ai compris que ce n’était pas le milieu qui allait changer mais moi, je devais d’abord changer mon regard.

Et j’ai compris que je devais d’abord arriver à voir Jésus en chacune d’elles.

Alors, j’ai commencé avec deux sœurs du Bon pasteur, spécialisées dans ce travail.

Mais l’essentiel, c’est le désir de les rencontrer. De les écouter, plus encore de les aimer vraiment et seulement ensuite de leur donner une ouverture sur ce dont elles ont besoin.  Ensemble, on peut faire quelque chose.  Il faut aller au-delà de nos jugements, et de la peur du regard des autres. Ce n’est pas nous qui savons ce qui est bien ou pas bien. Seul Dieu peut nous le montrer et nous demande d’aimer au-delà de nos propres limites. C’est pourquoi il se donne à nous.

Le Père Hugo Vasquez Almazan est décédé à 73 ans le 6 mai 2008 après une vie sacerdotale qui a marqué toute l’Eglise d’Equateur. Il avait une profonde vénération à la Vierge Marie.

Il vivait de cet esprit d’abandon au plan de Dieu sur lui.

Quelle n’était pas sa confiance : totale, filiale et amoureuse :  les trois dimensions de l’abandon de Jésus en croix.