Jamot, 1976
Abandonnée puis adoptée par l’Amour
A la léproserie du Cameroun où nous vivons avec mon frère Pierre, un matin en nous levant à 5h pour l’adoration, nous découvrons une petite fille qui dort sur le paillasson de notre porte d’entrée.
Mais c’est Françoise ! Nous la connaissons bien. Cette petite de huit ans est atteinte d’une lèpre grave inguérissable à l’époque. Chaque semaine, elle venait chercher ses médicaments à l’hôpital.
Mais sa lèvre supérieure est toute ouverte et pleine de sang séché ! Elle est toute apeurée… pauvre petite. Nous lavons immédiatement cette plaie encore tuméfiée en lui disant :
-Ma petite Françoise, bois un peu de lait avec du pain. Ici, il y a deux lits encore bien chauds. Tu en choisis un et tu vas dormir jusqu’à midi. A ton réveil, tu nous raconteras tout ce qui s’est passé.
Après notre matinée de travail à l’atelier de prothèses, nous la retrouvons dans la salle de séjour et là, elle nous raconte son histoire.
Françoise était orpheline et vivait chez son grand frère. Il craignait la contagion de la lèpre pour ses enfants et ne voulait plus qu’elle reste chez lui. Cela faisait déjà un temps qu’il lui avait demander de quitter sa case. La petite fille sans père, ni mère craignant de perdre le toit familial rebutait à partir jusqu’à ce qu’un jour en colère, son frère la chasse de force et lui emboîte un violent coup de poing à la figure. Au point que la lèvre de la petite fille se met à saigner abondamment.
Mais où pouvait aller cette enfant livrée à elle-même? Toute la nuit, elle marcha et marcha dans la ville sans trouver de véritable abri.
Où aller encore ? A 2h du matin à bout de force, elle se dit :
« Je vais aller là où on peut encore m’aimer. »
-Françoise, tu es orpheline. Et maintenant , tu n’as même plus de frère alors, si tu veux, c’est nous qui serons tes parents et ta famille. Tu pourras rester vivre avec nous.
Françoise a rejoint Marie qui était aveugle, Suzanne la cuisinière avec ses trois enfants, George amputé des deux bras. Car sa mère pour le punir d’une petite bêtise lui avait coupé la circulation avec des fils de fer.
Et Jean Marie enfant polio orphelin à son tour, Gaston gravement brûlé, David amputé.
Elle a vécu encore avec nous quelques années. Pendant la période scolaire, elle était à l’internat. Elle passait ses vacances chez nous. Elle aidait sœur Liliane à recevoir, accueillir et aider les grands malades qui venaient de la brousse. Puis, elle a travaillé comme secrétaire. Ensuite, elle s’est mariée en France et a eu un enfant. Elle restera toujours notre petite Françoise.
A Noël, Jésus est venu chez nous. Il est venu pour nous révéler l’infinie Tendresse de notre Papa du Ciel pour chacun d’entre nous.
Jésus est vraiment Présent dans le mystère de l’eucharistie mais il est aussi Présent en chacun des hommes, des femmes, des enfants chrétiens ou non qui croisent nos vies.
Dans la parabole au festin, le maître envoie son serviteur :
« Sors vite sur les places et les rues de la ville, et les pauvres, les estropiés, les aveugles, les boîteux, introduis-les ici.»
Et Jésus nous pose la question :
- Si tu avais été à la place de cette enfant, qu’est-ce que tu aurais aimé que l’on fasse pour toi ?
C’est cela vivre l’Evangile.
Nous confions à Maman Marie tous ces enfants que nous avons aimés avec l’espoir de les retrouver au ciel.
Les Pères Pierre et Raymond Jaccard ont obéi à l’ordre du Père : «Allez inviter les plus pauvres, les plus rejetés au festin de mon Amour. Et soyez-en les témoins. »
C’est ce qu’ils ont fait.



