Ernest est son nom de naissance comme son papa. Pour éviter les confusions, la famille le surnomme rapidement Titi, ce qui signifie en chinois le plus petit, ce qui d’ailleurs lui va comme un gant. Toute sa vie, il cherchera à imiter Jésus qui a pris la dernière place, celle que personne ne pourra lui ravir.

Pierre sera plus tard son nom de religion mais tous l’appellent Titi.
Titi est un petit garçon espiègle, assez farceur, une bombe de vie et de joie débordante.
Raymond le décrit à merveille : « Tu fais rire tout le monde et pourtant, tu es sérieux comme un pape seulement… quand tu dors ! Ta carrière de comédien est déjà toute tracée. Elle fait partie de toi. C’est formidable ! Tout le monde t’écoute! Tu nous captives tous.
Mais tout en ne tenant pas en place, ton regard est d’une telle profondeur que l’on y découvre l’amour de ton cœur habité par Jésus, ton Bien Aimé.
Ton dynamisme pourtant, ne t’appartenait pas. C’était une vraie dynamite que l’Esprit Saint et Marie te communiquent et te permettent d’être entraîneur pour tous ceux que tu rencontres. Déjà, tu avais une vocation missionnaire. Tout petit, le Père t’avait déjà choisi comme la petite Thérèse. »
Pierre raconte :
– Au séminaire de Maîche, j’aimais pas étudier. En primaire, l’instituteur de Pierre communiste acharné, lui tapait avec une règle sur les doigts car l’enfant était chrétien. Son intelligence s’était bloquée et il n’aimait pas l’école.
Cela ne rentrait pas du tout. Je ne comprenais pas que A+B font C. J’étais toujours le dernier ou l’avant dernier.
« C’est aux MEP à Paris, grâce à un professeur de philo vraiment intelligent que mon intelligence s’est ouverte. Il m’a donné le goût de la Vérité. Il nous faisait nous poser des questions sur le réel et l’existence. Cela m’a passionné et là, tout s’est débloqué. »
A dix ans, une expérience s’imprime en moi. Un jour comme tous les autres jours, je suis saisi par un caniveau d’où l’eau sort jusqu’à le submerger. Et là, je touche l’Etre, ce qui demeure et ne change pas.
A Maîche, c’est pas çà du tout ! La famille si aimante lui manque. Mais quelqu’un va venir à son secours, celle qu’il appelle son amoureuse !
Amoureux si jeune
Il a 14 ans (1941) quand il lit d’une traite « Histoire d’une âme » de la petite Thérèse de Lisieux canonisée en 1925.
-Cela m’a drôlement marqué. Thérèse écrit :« Je mettrai tellement d’amour dans les petites choses qu’elles deviendront extraordinaires ». Alors, j’allais souvent à la chapelle du séminaire qui lui était dédiée et je lui disais : « J’aimerais bien être comme toi. Tu ne pourrais pas m’apprendre aussi à faire les petites choses avec un grand amour ? ».
Une réelle amitié naît entre Titi et Thérèse, son amoureuse comme il l’appelle. Une amitié qui de jour en jour va grandir. Jusqu’à son dernier souffle 76 ans plus tard. Il lit ses œuvres et cherche à faire comme elle. Il se retrouve en elle Thérèse veut mourir d’amour pour Jésus son seul Bien Aimé.
Thérèse ! C’est un amour fou pour Jésus à travers la banalité d’une vie toute ordinaire. Titi aussi veut vivre l’Amour fou, être l’Amour au cœur de l’Eglise.
Comme Jésus à Nazareth, Thérèse n’a rien fait dit-il. Elle est convaincue que le plus petit mouvement d’amour est plus utile à l’Eglise, que toutes les œuvres réunies ensemble. »
Titi ne veut qu’aimer. Avec quelle délicatesse le retrouvera-t-on plus tard auprès des grands malades, avec chaque personne rencontrée. Avec la compassion de Jésus, il se penche sur chacun avec tendresse, une infinie Tendresse, celle de Dieu.
Un ami véritable : Claude
Raymond écrit :
Le regard de Jésus présent en toi a formé ton âme, ton sourire, ton visageet ton écoute. Bientôt tu vas rencontrer le visage de Claude pour t’aider à progresser dans la sainteté avec l’aide de la petite Thérèse de l’Enfant Jésus.
Alors qu’il débarque à l’école des sous- officiers de Lyon pour son service militaire, Pierre aperçoit au dortoir un jeune qui a l’air bien empêtré pour coudres ses nominettes sur son uniforme. En lui proposant son aide, ils font connaissance.
Lui aussi est séminariste à Paris.
Lui aussi est un fou de Dieu sur la route du ciel.
Lui aussi a soif des Réalités éternelles.
Lui aussi a un amour tout filial pour la Vierge Marie dont il veut faire connaître la Médiation universelle.
Lui aussi est amoureux de la petite Thérèse.
Claude est fils unique de mère juive. Avec elle, il reçoit le baptême à la veille de la guerre le 31 mai 1939, fête à l’époque de Marie, Médiatrice de toutes grâces.
Ils deviennent de vrais frères. Assistent chaque jour à la messe, communient, prient se sacrifient.
« Pendant tout le mois d’octobre, nous disions ensemble notre Rosaire : un chapelet le matin, un à midi et un le soir. ».
L’amitié se poursuit une fois Pierre aux MEP à paris pendant 5 ans . Claude lui est au séminaire des Carmes. Ensemble, ils vont à la Salette, à Ars, en Suisse. A la Salette, Claude écrit : « Ensemble, joie de faire un effort ensemble vers la Lumière, la Vérité, vers Marie qui nous attendait. »
Pierre est adopté par les parents. C’est Paris avec toute sa vie culturelle.
Une fois par semaine, il rejoint les petits handicapés de l’hôpital Jean de Dieu.
LA spiritualité de Claude repose sur l’acte d’offrande de la petite Thérèse. Il l’a écrit avec son propre sang.
Ensemble, Pierre et Claude cherchent à entrer dans l’esprit d’enfance et d’abandon que leur propose Thérèse, leur étoile commune.
Quelques semaines après l’ordination de Pierre, le 24 août 1953, une chute mortelle en montagne emporte Claude réalisant son désir : « Je voudrais mourir à 24 ans comme la petite Thérèse devant un lever de soleil ». On le retrouve agonisant avec sa médaille de baptême dans la bouche.
Dans son carnet intime, il avait écrit : « Je veux donner ma vie pour que Pierre soit un bon prêtre. »
Chaque soir jusqu’à son dernier soupir, Père Pierre juste avant de s’endormir redira l’acte d’offrande de la petite Thérèse comme son ami Claude.











