UNE RÉCOMPENSE, MONSEIGNEUR!

1994, dans une léproserie du Vietnam

Son nom est Xchouan

-Je vais vous raconter une histoire merveilleuse s’écrie Père Pierre lors d’un festival espérance à Besançon.  Nous rentrons du Vietnam où nous sommes allés travailler dans une léproserie. Et nous y avons rencontré  Xuan (se prononce Xchouan), une jeune femme de 30 ans considérée par le régime comme une infirmière.  Pourtant, elle n’a passé que quelques mois dans une léproserie pour y apprendre des choses rudimentaires. Maintenant, elle porte un habit blanc et a le titre de soignante.

Xchouan est laïque consacrée.  Elle nous a raconté que lorsqu’elle avait 20 ans (1984) , elle était obligée pour participer à l’Eucharistie, de quitter le village à 4h du matin  en habits de travail avec des paniers de fumier dans lesquels elle avait caché ses habits du dimanche dans un plastique. Arrivée aux champs, elle sortait ses habits, se changeait et devait faire 34 km aller pour retrouver sa communauté chrétienne.  Et quand elle avait reçu Jésus, elle reprenait sa bicyclette pour les 34 km de retour. Sur des pistes que vous ne connaissez pas mais que nous connaissons que trop bien. Il fallait arriver le soir dans la rizière et se changer très discrètement pour ne pas se faire prendre.  Elle déposait quelques légumes dans ses paniers vides de manière à camoufler ses habits.

Cela a duré 6 ans mais elle a été soupçonnée d’aller à la messe. Pendant une année, on l’a obligée à subir un interrogatoire policier plusieurs fois par mois. Pendant ces années-là, disait-elle le dimanche je pleurais car j’étais obligée de rester chez moi. J’étais surveillée par la police. 

Alors, nous en France on parle de réorganiser les paroisses….. !

Est-ce que nous nous sommes capables de faire en voiture autant de kilomètres pour participer à l’eucharistie alors que nous en faisons parfois autant pour aller au cinéma, au shopping ou au lac ? C’est la question que Jésus nous pose aujourd’hui. 

LA VRAIE JOIE DE XCHOUAN

Xchouan, trois appareilleurs et les deux médecins eux aussi chrétiens  que Raymond formait à la chirurgie assistaient ainsi à la messe quotidienne célébrée dans notre petite chambre. Nous nous retrouvions à 17. Notre communauté fraternelle et priante se réunissait avec Jésus Présent dans le Mystère de sa Mort et de sa Résurrection. Médecins, laÏques consacrées, frères de Foucauld…. Tous étaient rassemblés autour de notre petite table où allait se dérouler l’Eucharistie. Cette pauvreté nous obligeait à aller à l’essentiel. Cela nous rappelait que notre mission au milieu des malades et des handicapés est uniquement une participation à la charité fraternelle que l’Eglise et Jésus portent aux hommes. Nous avions tellement besoin de l’aide de Dieu pour opérer tous ces lépreux.

Quelle joie a eu Xchouan de nous annoncer que le directeur de la léproserie permettait la messe quotidienne à la chapelle, une heure d’adoration quotidienne et la récitation du chapelet pour porter tous nos frères malades encore incroyants.

A la messe, nous permettions à jésus Hostie de ne faire qu’UN avec tous ces frères lépreux.

Vie quotidienne, services de charité ou désir d’actualiser les Mystères de Jésus, tout dans notre vie à son poids d’éternité si nous désirons vivre dans la foi et l’union à Dieu comme Marie et Joseph à Nazareth.


Une lépreuse de 76 ans demandait le baptême !


UNE RÉCOMPENSE MOINSEIGNEUR

Deux jours avant la fin du stage, l’Evêque du lieu est venu nous rencontrer. Il a vu le travail réalisé et s’est mis à sourire en disant :

-Vous avez fait beaucoup de travail, les frères. 

-Monseigneur, nous ne sommes pas venus pour que vous nous parliez de notre travail. En fait, nous venons pour vous demander une récompense.

-Ah ! Bon et bien demandez-moi ce que vous voulez. 

-Attention, Monseigneur ! Vous risquez votre anneau épiscopal ! ……

-Monseigneur, vous avez une consacrée qui est dans la léproserie. Elle souffre beaucoup car elle est seule. Elle n’a pas avec elle Jésus. Vous ne croyez pas que nous pourrions lui laisser la Présence réelle parce qu’elle a déjà tout préparé. Elle est intelligente. Elle a déjà fait un faux plafond dans sa toute petite chambre.  Elle se disait : « Un jour, j’aurai le Saint-Sacrement chez moi, mais pour ne pas qu’on soit tenté de me demander ce qu’il y a là-haut, chaque fois que je quitterai ma petite chambre, je prendrai une échelle et je la mettrai sur le côté d’un mur ainsi personne ne saura ce qu’il y a dans le faux plafond. »

Réponse immédiate de l’Evêque :

– Mais c’est çà l’Eglise mes frères !  

Oui, l’Eglise, c’est Xchouan !

L’Eglise, c’est l’évêque de Bac Ninh  qui nous dit :

-Après votre dernière eucharistie, laissez la Présence réelle à Xchouan mais s’il vous plaît, demandez-lui d’être très très prudente.

Le dernier jour à 2h du matin, nous avons célébré l’Eucharistie puis, en silence nous sommes partis tous les trois avec le Saint Sacrement dans la petite chambre de Xchouan. Elle a mis l’échelle contre le double plafond, et nous sommes montés dans sa chapelle de fortune. Si vous aviez vu le petit meuble d’une grande pauvreté où nous avons déposé Jésus.

Puis, nous avons prié tous les trois ensemble. 

Xchouan s’est relevée. Elle s’est mise vraiment à sangloter en nous disant : 

-C’est le plus beau jour de ma vie. Jésus est avec moi. Et moi je suis avec Lui. Il va me rappeler en permanence que je dois Le retrouver, Le rencontrer dans chacun de mes frères et de mes sœurs qui sont handicapés, qui ont la lèpre, qui souffrent qu’ils soient chrétiens ou non. »

C’est cela que les petits, les personnes qui sont humbles et douces de cœur, comme Jésus nous enseignent. Les petits, les humbles nous  évangélisent.  

Xchouan nous a évangélisés. Quelle chance nous avons eu de la rencontrer !