Dans son ermitage proche du Monastère Notre-Dame de l’Unité des sœurs de Bethléem, situé à Pugny-Chatenod, près d’Aix-les Bains, le père Raymond Jaccard, 88 ans, témoigne de sa vocation sacerdotale et de la beauté du célibat.

Il nous reçoit dans sa petite chambre lambrissée, qui lui sert aussi de bureau et d’oratoire. Autour du cou, son rosaire ne le quitte jamais. Il en tient fermement la croix. C’est son quotidien : prier le rosaire, avec les deux ou trois heures d’adoration, les offices, la Messe. À ses côtés, sœur Massabielle veille sur lui. Il raconte qu’il a eu sa vocation « à 8 ans. Après ma confession, lorsque le prêtre m’a dit : “tout est pardonné”, j’ai dit à Jésus : mes copains n’ont personne pour aller se confesser. Jésus me regardait en souriant et m’a dit : chez nous, on donne tout, tu seras prêtre.  »

« L’adoration quotidienne est vitale »

Raymond embrasse la prêtrise, comme son frère Pierre, ordonné en 1953, à Besançon. Il le sera 5 ans plus tard. Les deux frères ne se sont pas donnés à moitié. Quelques années après, à Douala, au Cameroun, Raymond est devenu aumônier d’une léproserie. En 1971, il demande à son frère de le rejoindre pour l’aider dans sa mission auprès des lépreux où ils effectuent les premières amputations chirurgicales (avant les membres malades étaient simplement pansés, et, la lèpre se répandait alors dans tout le corps). Pendant 40 ans, ils soigneront des milliers de lépreux, Pierre s’occupant de la fabrication des prothèses. Raymond fait le lien entre son frère, Dieu et sa vocation : « la présence de mon frère a été indispensable. Le prêtre a besoin d’un frère sur qui compter, et il a besoin de Jésus-hostie. L’adoration quotidienne est vitale. »

Sacerdoce et célibat vont ensemble

C’est le secret de sa vie : l’adoration eucharistique ! Sur la question du célibat, il répond sans hésiter : « Le sacerdoce et le célibat vont ensemble. Le sacerdoce est la fécondité qui vient de l’Esprit et de Marie. Si j’avais été marié, je n’aurais pas pu aimer tous les enfants que la Vierge Marie m’a donné. Le Christ était disponible à tout le monde. Dieu donne tout, Il est Amour. Le sacerdoce est une vocation, ce n’est pas un métier. C’est Dieu qui nous appelle. Ce n’est pas pour nous. » Le père rajoute : « Dieu nous a donné Son pouvoir incroyable : transformer une petite miette de pain en Son corps, une goutte d’eau ajoutée à du vin pour le transformer en Son sang. » C’est certain, le grand amour de Raymond : Dieu et ses frères ! À qui Il s’est donné totalement. Il conclut : « Ayez une confiance totale en Jésus et Marie. Adorez Jésus ! »

Antoine Bordier, La France Catholique du 27 janvier 2020