TA VIE EST UN DON

Brigitte et père Raymond

En convalescence suite à une opération de la hanche, j’ai participé à la messe que les deux frères célébraient là-bas en juin 2015. 

Au cours de cette messe, il y avait une de mes filles enceinte de son troisième enfant. On venait de lui détecter la toxoplasmose et les médecins avaient dit que l’enfant naîtrait aveugle ou débile d’après les analyses faites. La toxoplasmose, vous savez, cela ne pardonne pas pour un fœtus. Cela attaque le cerveau de l’enfant ou le nerf optique. Tout le monde tremblait.  

Pendant la messe, Père Pierre dit : « Regardez, il y a une maman qui ose donner la vie. Qu’elle vienne près de l’autel et je vais la bénir. Et si vous voulez la bénir, venez aussi pour remercier Dieu de lui permettre de donner la vie. » Les frères n’étaient pas du tout au courant de ce qui se passait et de ce qui était en jeu. Ma fille était sur une chaise assise devant l’autel. Les deux frères ont imposé les mains sur son ventre et l’ont bénie avec de l’huile sacrée qui venait de Jérusalem puis les personnes présentes aussi sont venues tout autour de notre fille tellement émue. Tous touchaient son front, l’embrassaient, la bénissaient. 

Nous étions en pleurs et elle la première.  Personne ne savait ce qui se passait mais on sentait qu’il se passait quelque chose sans savoir quoi. Oui, on sentait vraiment une grâce particulière. Et les larmes coulaient encore et encore.

Depuis dix ans, nous avons une merveilleuse petite fille qui est en très bonne santé. C’est pour cela que tous les ans, nous allions voir les frères Jaccard avec elle et sa maman pour remercier le Seigneur.

Père Pierre a ensuite demandé à ma fille pourquoi elle était là. Elle lui a expliqué que sa maman était en rééducation. Alors, père Pierre a sorti la croix de son cou et me l’a donnée. Vous voyez, depuis dix ans, je porte la croix de Pierre. Elle est sur ma poitrine jour et nuit dans mon soutien et ne me quitte pas depuis 2015.

Ma colère aussi a été guérie dans l’homélie de la messe où Père Pierre a dit cette phrase qui m’a percutée : « La vie n’est pas un dû. Elle est un don ».

Tout s’est dénoué là, pour moi. J’étais en colère contre le Bon Dieu mais à un point que vous ne pouvez pas imaginer. Ma retraite d’enseignante approchait. J’avais deux filles enceintes dont une à qui on avait annoncé qu’elle serait stérile et que jamais, elle ne pourrait avoir d’enfant. Et elle était enceinte. Les deux devaient accoucher entre septembre et octobre. Et moi, je me retrouvais avec des métastases partout dans la tête, la hanche, la cheville, la clavicule et en plus une tumeur au poumon qui s’était propagée dans les os : une vraie coccinelle.  Les médecins m’avaient remplacé la hanche et me donnaient six mois à vivre maximum.

En fait quand père Pierre a dit que la vie était un don et non un dû, j’ai reçu cela comme un coup de poing dans l’estomac. Comme si le Bon Dieu me disait : « De quoi te plains-tu ? Est -ce que c’est écrit que tu dois vivre cent ans et que tu dois profiter de tous tes petits enfants à venir ? Je ne te dois rien. Je t’ai déjà donné tant de choses : un mari superbe, une famille géniale, des enfants en bonne santé. » J’ai vu alors tout ce qu’Il m’avait donné. Oui, la vie n’est pas un dû mais un pur don.


Je croyais en Dieu à l’époque mais depuis, cet instant je ne suis plus la même. Je me suis vraiment convertie. La vie n’a plus la même saveur.  Et cela fait maintenant dix ans que je suis en rémission.

Dans la semaine aussi, j’ai retrouvé le père Raymond au cours des séances de kiné. Nous pédalions côte à côte étant tous deux en rééducation. Je crois que j’ai touché Jésus en touchant le père Raymond. Comme disait Mère Teresa, je ne suis que le crayon dans la main du Bon Dieu. Et à travers mon crayon, Dieu écrit ce qu’il veut. Les Pères Jaccard, c’était cela.

Plus tard, j’ai retrouvé le père Raymond au monastère

Il m’a regardé avec un sourire. Et un regard !!! 

Ah ! Quel regard ! Je le vois encore avec émotion. 

Mais cela fait tout fondre, un regard pareil. Toutes mes craintes se sont dissipées. Et je ne suis plus du tout dans le même esprit. Il m’a affermie et j’ai toujours plus trouvé ma stature dans le Christ.

Père Raymond était impressionnant. Ce n’est pas quelqu’un avec qui j’aurais blagué. Il était très important pour moi et pourtant très accessible.

J’allais le voir deux fois par an. Il m’a transmis la simplicité. Il m’a transmis que c’était tout simple avec Jésus : « Tu rencontres la bonté ». Il était lui-même ce prêtre de bonté.

Quand tu allais le voir, tu avais l’impression qu’il te connaissait de haut en bas. Il se souvenait de chacun comme de quelqu’un d’unique.

Je pense que les disciples de Jésus devaient ressentir la même chose que ce que je ressentais à ses côtés. Il n’y avait pas une once d’hypocrisie, de «faire semblant», d’avoir l’air d’avoir l’air. Non, tu n’as rien à prouver et lui ne cherchait rien à prouver, rien à montrer. C’était l’humilité même. Il n’avait pas de supériorité à avoir. C’était fabuleux ce contact. Cela devenait tout simple : « Jésus t’aime et puis voilà, réponds à son amour. » 

Depuis la rencontre avec le Père Raymond, l’Eucharistie  est devenue tout à fait autre chose pour moi.  Je ne sais pas comment t’’expliquer. Oui, je savais que Jésus était dans l’hostie et qu’il était ressuscité.  Tout cela, je l’ai découvert dans ma tête. Maintenant, c’est tout autre chose. C’est une vraie Présence. 

Le père Raymond m’a aidé à faire le point entre ce que tu ne vois pas que tu ne peux pas rationaliser, expliquer et ce que tu vois. Il m’a fait prendre conscience de l’immatérialité et de la proximité de l’Invisible. Oui, on pourrait dire du réalisme de l’Invisible. Avec lui, l’invisible est devenu le Réel. Il est bien toujours invisible mais c’est le Réel. Tous les anges sont là. Jamais, je n’avais pensé à cela. 

Les frères Jaccard restaient en présence de Jésus-Hostie alors que cela peut rester difficile d’adorer. Ils ne voyaient pas le temps passer. 

Avec les frères Jaccard, c’était comme quand tu rentres à Lourdes dans une bulle de bienveillance de Marie à  ton égard Avec eux, c’était pareil.  Tu touchais l’amour.

Tout ce qu’ils ont dû semer sans le savoir autour d’eux, ce sont des fruits magnifiques.

Quelle chance j’ai eu de les connaître.