RÉVÉREND PÈRE ANTOINE

Le Père Antoine Evouna  recteur de la cathédrale de Yaoundé retrouva ceux qu’il aimait appeler ses deux patriarches. Antoine est né dans le tout petit village juste à côté de l’hôpital Jamot où vivaient les frères. Le matin, il sautait le mur pour venir servir la messe des deux frères

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« C’est eux qui m’ont donné le goût du sacerdoce,
le goût de donner notre vie jusqu’au bout pour le Christ ». 

PÈRE ANTOINE

Vous savez que dans la vie sacerdotale, tout prêtre, tout sacerdoce a une dimension missionnaire.  Quand je signe mes textes, j’écris toujours: « prêtre diocésain missionnaire » pour me rappeler que je suis appelé à travailler partout en toute circonstance où on peut m’envoyer sans jamais rechigner. Et être toujours disponible comme Marie parce que Marie est la première chrétienne missionnaire.   Oui, cela il faudrait qu’on le sache. Elle avait un autre projet avec Joseph. Mais Dieu vient de lui dire de faire accomplir un autre projet. Elle renonce au premier projet, et comme c’est le Seigneur, elle accepte. Donc, il faut être toujours disponible pour accueillir un nouveau projet…

Deux frères et prêtres, confrères aînés et patriarches dans le sacerdoce, Pierre et Raymond Jaccard.   

Cela montre que la mission a un risque, un capital à risque mais il faut risquer avec Jésus. Si on risque avec Jésus, on est fécond, on porte toujours du fruit. Mais si on risque à la manière des hommes, on ne portera pas vraiment de fruits, de fruits durables. 

Et leur fruit qu’ils ont porté demeurent en vie éternelle.  Et voilà un jeune, Robert, qui s’il était tout seul, je ne suis pas sûre qu’il aurait vécu sa souffrance de manière salvifique et rédemptrice.  Mais il a fallu cet accompagnement ecclésial, sacerdotal des jeunes prêtres parce qu’ils avaient 35 ou 40 ans.. les Pères Jaccard. 

Et vous voyez, quitter le chez soi à cet âge-là, c’est un âge qui ressemble plus à celui de Jésus à la fin de sa mission.   Il se donne à fond.  

Il transforme les difficultés en opportunité. 

Et il transforme les opportunités en espace de salut et de sanctification.  

Comme pour dire, si on est avec le Christ, on porte du fruit. 

Et le Christ lui-même dit : « Sans Moi, vous ne pouvez rien faire. » 

Et pour y arriver, il faut que chacun de nous jette d’abord la pierre qu’il a en main comme le Pape François le dit.  Que chacun jette la première pierre qu’il a en main. Cela peut-être mon cœur qui est pierreux.  Cela peut être la pierre que j’ai main, que je la jette d’abord pour laisser couler la grâce de Dieu jusqu’aux extrémités de ma vie et de mon cœur. Et c’est ce qu’ils ont essayé de faire les deux pères Jaccard Pierre et Raymond, prendre le beau risque avec Jésus pour sauver les âmes tous les jours et les offrir au Christ tous les jours  sans même savoir où est ce que le Seigneur nous emmène.  Mais on dit :« Emmène nous Seigneur où tu veux, nous sommes disposés, nous voulons aller avec toi. Et si on se laisse emporter par la barque du Seigneur, on est sûr d’arriver à bon port et de porter du fruit.

Aujourd’hui, le Cameroun leur manque. Leurs malades leur manquent. Parce qu’ils ont donné leur, vie, leur coeur à ce ministère là et c’est devenu comme un ministère personnalisé. Or dans la foi, il faut vraiment se détacher. Ils ont su se détacher aussi de ce ministère. Et ils vivent ce ministère même en étant loin de cet espace qui a été le leur en mission. Et je suis sûr de les redécouvrir.

Nous les avons vu quand nous étions enfants. On était à l’école primaire.  Ils étaient tous jeunes.  Ils ont pris de l’âge. Mais c’est le même facial qui est resté, la même joie, la même endurance, la même espérance et le même dévouement. 

Un cœur numérique. Je suis très fier de découvrir en eux ce cœur numérique càd un cœur pascal, un cœur catholique, un cœur ouvert à tous, un cœur fait pour tous. 

Cela aussi c’est la sainteté, savoir donner son cœur à tous sans discrimination dans un monde où même les religions discriminent, même les religions, font violence, même les regroupements religieux, font violence. Ils nous montrent que la foi n’a pas de couleur. La foi ne s’occupe pas trop de la géographie, mais il faut une géographie de la foi. Une géographie du cœur dont on parle le pape François. Et si on vivait cette géographie de la foi et de l’espérance, alors le monde deviendrait une petite église planétaire, une petite église, canaux d’embarcation vers le salut. Voilà comment je sens Robert Naooussi, comment je sens les pères Pierre et Raymond Jaccard. Ce sont des témoins de la foi, des martyrs de l’espérance.  Et nous avons besoin de l’espérance pour bâtir nos églises aujourd’hui que ce soit en Afrique ou ailleurs.

Nous sommes dans le monde de l’euthanasie, le monde du zapping, le monde de la fuite de la souffrance, parfois du fatalisme du pessimisme. On fuit vraiment la souffrance  parce que la souffrance c’est quelque chose qui est hors de nous. Or le premier jour, où on naît, s’il n’y a pas le vagissement de l’enfant, il n’y a pas vie. Un enfant qui ne pleure pas le jour de sa naissance pour laisser passer de l’oxygène, il va mourir. Et quand on va passer à l’église au jour de notre baptême sur le parvis . Et c’est parce qu’on a fait une signation sur notre front qu’il peut entrer dans l’église. Nul ne peut entrer dans l’église s’il n’accepte la Croix. Mais on a oublié le rythme du baptême. Et quand vient la souffrance, on a peur, on se querelle contre Dieu. On en veut à Dieu, alors qu’on a accepté la souffrance dès le moment de notre baptême. Robert n’a aussi a vécu sa croix. Il a porté. Et dans une lettre qu’il envoie au Père  Raymond, il dit :

« Père Raymond, tu sais, je pourrai toujours compter sur toi. Jésus a eu Symon de Cyrène
pour porter sa croix.
Je voudrais aussi que tu sois mon Symon de Cyrène pour  continuer  
de porter ma croix jusqu’au bout.» 

robert naoussi

Jésus ne nous laisse jamais seul. Si on compte vraiment sur lui et si on lui fait confiance, il ne nous abandonne jamais. Il envoie toujours des Symon de Cyrène, que ce soit dans la vie chrétienne, que ce soit dans les témoins, même dans les martyrs. Les martyrs sont soutenu par des Symon de Cyrène. Vivement qu’il y en ait un peu plus aujourd’hui pour que le monde croit et que le monde vive, que le monde s’assagisse.


La grâce de Robert. Il faut que les jeunes aient  des modèles. Il faut que les jeunes aient des exemples. Un  modèle, c’est un ensemble de valeurs incorporées dans une personne. Une personne qui distille, qui irradie un certain nombre de valeurs et un certain nombre de vertus. Et Robert Naoussi est un modèle. Il faut s’inspirer pas simplement copier, faire le mimétisme du caméléon, non. Il faut s’inspirer de son exemple pour mieux vivre l’épreuve, pour mieux porter sa croix. Il faut s’inspirer de son exemple pour être endurant dans le combat de tous les jours. Parce qu’il faut combattre. Il faut lutter pour vivre. Il faut  travailler, il faut travailler contre ses penchants mauvais. La vie est une lutte. La vie est un combat. Ce n’est pas pour dormir à la belle étoile. Ce n’est pas la dolce vita. C’est la paix à la manière du monde qui ressemble à la dolce vita càd les plaisirs, les loisirs. Non, Notre monde, c’est le monde où l’on apprend à faire plaisir à Jésus, on apprend à plaire à Jésus en respectant les commandements, en témoignant de la foi, en témoignant de l’espérance. 

Et ce jeune de 17 ans   jusqu’à sa mort, il l’a prouvé. C’était difficile au début. Mais, il est entré dans une nouvelle osmose, dans une nouvelle dynamique, la dynamique de la résurrection. Et la souffrance devient alors  rédemptrice et résurrectionnelle.  Elle nous ressuscite parce que notre vie finalement a des petites résurrections et petites morts. Et dans ces morts, le Christ vient nous ressusciter. Après déception, il y a un petit conseil qui nous ai donné une petite réussite qui suit. Après la maladie, il y a la guérison qui suit. C’est une nouvelle résurrection. Après une crise de la foi, on redécouvre Jésus, autrement. On s’accroche à lui. On l’embrasse et on avance. C’est une résurrection. Après un échec, un examen, l’année suivante on réussit. C’est une  nouvelle résurrection. Dans notre vie aussi, il y a des résurrections. Et ces résurrections chez Robert Naoussi, c’était la paix du cœur. Il ne se plaignait jamais. Et si on avait la paix du cœur, on aurait tout. On embraserait le monde par cette paix du cœur. Il a embrasé le monde par cette paix là du cœur qu’il a su partager, irradier, distiller là où il était. Il voilait sa souffrance par charité. Il ne voulait pas faire que les autres souffrent. Et il la vivait. Et comment il la vivait. C’est parce qu’il offrait. C‘est parce qu’il priait à la messe le matin. Il recevait la communion. Il priait. On ne peut pas vivre la souffrance sans tendre la main à Jésus. Parce que c’est Jésus qui a le secret de l’épreuve et de toute souffrance. Donc en offrant la souffrance, elle devient toujours rédemptrice. Parce que le Christ vient souffrir avec moi, dans ma souffrance avec moi, et il l’offre À son père pour le salut de tous. Voilà aussi l’école de la souffrance, du don de soi. L’amour a trois dimensions. L’amour est don de soi pour le Christ. L’amour est abandon de soi à Dieu dans le service. L’amour est aussi pardon. Et si on n’entre pas dans ces trois dynamiques, la vie n’a aucun sens. Et moi, j’aime et j’essaye à ma petite manière de  le vivre malgré des hauts et des bas, mais je sens que le Christ m’aime au-delà de tout et il aime chacun de nous si on s’’abandonne à Lui.