
La nouvelle supérieure des Filles de la Charité, de la rue du Bac, nous incite à nous rendre au Vietnam pour appareiller 60 lépreux amputés.
À Rome, des amis nous mettent en contact avec le cardinal Van Thuan qui nous reçoit avec beaucoup de charité fraternelle. Il nous invite à nous rendre le plus rapidement possible dans son pays. Ce grand cardinal a passé 13 ans dans plusieurs prisons du Vietnam. Son témoignage nous bouleverse. Ses mots étaient empreints d’une telle douceur et d’une telle humilité ! Il acceptera de venir l’année suivante à Besançon, au festival de l’Espérance, puis à Dijon l’année suivante…
Tous ces amis nous aident à aimer le Vietnam où nous irons cinq fois travailler, non seulement à la grande léproserie de Saïgon, mais dans d’autres léproseries du Nord. C’est le responsable des grandes endémies au ministère de la Santé qui nous demander de nous y rendre.
Quand Mgr Thuan est nommé archevêque de Saïgon, il a célébré la messe dans sa cathédrale et, à l’issue de la cérémonie, des messieurs l’invitent à monter dans une voiture blanche pour aller saluer le gouverneur. Il part donc avec son bréviaire et son évangile.
Quand il arrive devant le gouverneur communiste, il entend celui-ci lui dire : « Maintenant, vous êtes notre prisonnier. » Ils le conduisent la nuit, les yeux bandés pour qu’il n’ait pas de repères et menottes aux mains. Ils le font entrer dans un sous-sol où il y a une chambre avec un lit en fer et un seau de toilette pour ses besoins. Ils referment la porte et s’en vont. Sa famille est mise au courant et essaye de lui rendre visite. Il demande simplement à sa sœur de lui apporter un médicament pour les maux de l’estomac. Elle savait que c’était le vin pour célébrer la messe. Chaque soir quand le gardien était parti, il mettait dans le creux de sa main une goutte de vin et une goutte d’eau. Et une miette de pain. Pendant toute la nuit, il célébrait et adorait Jésus présent dans la plus grande pauvreté d’une prison. Quand il entendait le gardien arriver le matin, il se communiait. Tous les trois mois, les communistes le changeaient de prison pour que Rome perde sa trace et se décourage de réclamer sa libération. Quand sa sœur venait lui apporter son médicament, il avait écrit des petites phrases de sa méditation sur l’Évangile de l’espérance et du pardon. Il est soumis à des conditions de détention atroces qui utilisent des techniques de privations sensorielles. Huit mois de ce traitement brise les volontés les plus fortes, mais ce personnage « très dangereux » avait des armes secrètes : la foi, la prière et la charité. Mgr Van Thuan portera l’amour et le pardon du Christ dans l’univers carcéral.
Au festival d’Espérance de Besançon, Mgr Van Thuan est venu témoigner de son espérance qu’il avait vécue pendant 13 ans et 5 ans dans un camp de la mort.

C’est l’eucharistie et l’adoration qui est plus fort que la mort parce qu’il l’a vécue dans ses dures heures de prison.
« Chaque fois que j’offre la messe, j’ai la possibilité d’étendre les mains et de me clouer sur la Croix avec Jésus, de boire avec lui la coupe amère. Chaque jour, en récitant ou en écoutant les paroles de la consécration, je confirme de tout mon cœur et toute mon âme un nouveau pacte, une alliance éternelle entre moi et Jésus, par le moyen de son Sang mélangé au mien (1Co 11, 23-25). »
À Dijon était aussi Alexandre Ogorodnikov, autre martyr des goulags communistes. Au moment de l’offertoire, Mgr Van Thuan appelle Alexandre : « Viens, Alexandre, viens offrir avec moi le pain et le vin. »
Ce fut un moment très émouvant pour tous les participants du festival. Ils étaient les représentants des millions de martyrs qui, à travers le monde, qui, à travers les goulags, ont participé aux souffrances rédemptrices de Jésus pour sauver le monde dans lequel ils vivaient.


