1975, Lausanne

Père Raymond et une fille de la rue en Colombie
A 15 ans, j’étais en révolte car je venais d’apprendre que j’avais été abandonnée et que j’étais en fait une enfant adoptée. Intérieurement, j’ai décidé de ne plus me laisser aimer par personne.
Puis j’ai subi un viol très violent pendant 2h avec un couteau sous la gorge de la part d’un professeur de mon collège.
A la suite de quoi, le désespoir m’habitait :«Est ce que je saute par la fenêtre, Est-ce que je continue à vivre ? Mais qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? »
Mon médecin généraliste s’était douté de quelque chose car je n’étais pas bien. « Il y a quelque chose qui vous dérange ». Quand je lui ai expliqué, son visage a changé de figure car il avait 4 enfants et il m’a dit : « Et ben moi, si cela arrive à un de mes enfants, je sors mon fusil et je descends le gars ».
Grâce à une amie, j’ai rencontré les Frères Jaccard. Leur vie missionnaire me redonnait de l’espérance.
Un jour, j’ai pu leur raconter ce que j’avais vécu. Les deux m’ont beaucoup écouté.
Un jour, après des années, Pierre m’a dit : « Tu sais, il faut pardonner à cet homme qui t’a violée, qui t’a fait tant de mal. »
Je me souviens très bien de ma réaction. Alors j’ai regardé Raymond.
Et lui disait : « Oui, c’est vrai ».
J’étais face à eux et j’étais tellement mal avec cette histoire.
Je me sentais tellement en faute. Toute la culpabilité était sur moi.
Et j’entends toujours les frères me dire cela. Et je leur avais dit : « Je suis victime. Ma vie est foutue. Comment je peux faire ? »
Il faut être clair. Après un tel acte subi, tu es emmochée. Je pense que c’est pour cela qu’il y a beaucoup d’homosexualité. Tout le monde n’a pas la chance de faire un travail et de dire : « Tous les hommes ne sont pas des abuseurs ».
Cette demande des frères a fait du chemin. Un jour, je les retrouve dans leur maison de famille de Villers le lac et ils allaient célébrer la messe.
Et tout d’un coup, juste avant, je leur dis : « Je veux pardonner à cet homme qui m’a violée et lui demander aussi pardon car j’ai tellement espéré qu’il souffre toutes les misères du monde mais plus que ce que l’on peut souffrir. Je veux lui pardonner du mal qu’il m’a fait parce qu’il a bousillé ma vie »
Au moment d l’eucharistie à l’offertoire, j’ai posé cet acte. J’avais 25 ans. Là, une paix au fond de moi et une chaleur dans mon cœur, extraordinaire.

Les deux frères étaient devant moi. Et j’ai vu leurs visages s’éclairer.
Puis, ils m’ont dit : « Merci »
Ils ont ajouté : « On va encore remercier Jésus pendant toute la fin de la messe. On remercie Jésus de t’accompagner dans ce pardon ».
Cela a été magnifique. J’ai été libérée d’un poids, vous ne pouvez pas imaginer. Au moment où j’ai dit : « Je pardonne à cet homme ». Je le voyais très bien dans ma tête ce gars, je voyais son visage.
Cela a été une délivrance totale de vivre ce temps de pardon. Alors que je n’avais qu’une idée : me détruire, me retirer la vie… j’ai été définitivement guérie..
C’est grâce à eux que j’ai pu recevoir cet immense cadeau. J’ai reçu le grand cadeau du pardon du Christ. C’est le cadeau du Ciel le plus merveilleux que j’ai reçu. Le pardon du Christ lui-même. Et cela, c’est une libération quand cela vient de Jésus comme cela. C’est merveilleux de lâcher cette rancœur. Parfois, on veut pardonner comme tirer un trait sur ce qui s’est passé. Pardonner, ce n’est pas oublier. On n’oublie pas mais c’est Jésus qui vient t’aider et qui te dit : « J’étais là. Je ne t’ai jamais lâché ».
Je ne remercierai jamais assez les frères. Car sans eux, je ne serais sans doute plus de ce monde. Je ne voulais plus vivre. Ils m’ont redonné le goût de vivre et de donner aussi ma vie. J’ai retrouvé la joie, la force, l’énergie. Cela n’a pas de prix. Et je suis devenue infirmière alors que cela me semblait impossible.
La Croix est un don, un pardon, une fécondité.
Père raymond marie
Oui, je croix à cet amour-là.
