
1937. Besançon collège Saint Joseph
PIERRE, INTERNE À DIX ANS À SAINT JOSEPH
A 11 ans , j’étais interne au collège à Besançon rue Mégevand. L’école était loin de la cathédrale où nous logions.
La rentrée se faisait en rangs d’oignons deux par deux. Déjà à l’époque, j’aimais ma liberté. Pendant le trajet, je m’échappais des rangs et marcher tout seul sur le trottoir.
Dès que je voyais la colonne s’éloigner à 100 ou 200 m, je me sentais libre.
Un jour que nous rentrions dans notre résidence , une idée trottait dans ma petite tête d’enfant : le désir de regarder les vitrines des magasins. La devanture d’une librairie catholique attire mon attention. Un livre au titre peu banal et pour moi incompréhensible est là avec d’autres au milieu de croix, chasubles , statues, vêtements sacerdotaux. J’ouvre mes grands yeux et relis le titre du livre : « Une nuit d’amour ». Je me dis : « Cela doit être intéressant car le titre sonne bien ».
En entrant, je m’approche de la dame. Elle me paraissait très haute derrière son comptoir car j’tais encore bien petit
– « Madame, c’est combien une nuit d’amour ? »
-« Tais-toi, petit garnement, allez va-t-en !
-« Mais une nuit d’amour qui est à la vitrine , c’est combien ?
Je me souviens encore du prix : 3,25 francs. En sortant, mes copains me demandent ce que j ’ai été faire à la librairie.
– « Oh si vous saviez, j’ai vu un livre qui m’intéresse beaucoup. Mais je n’ai pas assez d’argent pour l’acheter. Je n’ai que deux francs. S’il vous plaît, prêtez moi 1 franc 25 »
Je dis à mes copains : « Il me faut 3 francs 25 ». Mon frère Léon m’aide pour avoir le compte bon.
Le lendemain, faisant semblant que mon lacet de chaussure est à nouveau défait, je m’échappe comme de coutume de la colonne et je file au magasin en disant à la serveuse : « Madame, donnez moi ‘Une nuit d’amour « ».
UNE NUIT D’AMOUR, C’EST UNE NUIT OÙ AIMANT, ON AIME DAVANTAGE
CARDINAL SALIÈGE
Qui avait écrit ce livre ? C’était le cardinal Baudrillard ou l’abbé Saliège. En ouvrant le livre au hasard, je lis cette phrase qui a polarisé toute ma vie : « Une nuit d’amour, c’est une nuit ou aimant on aime encore plus, on aime à la folie ». Je n’ai retenu que cela.
Une nuit d’amour est ce bien vrai ?
En réfléchissant plus tard, j’ai compris qu’une nuit n’estt pas suffisante pour entrer dans le plan de Dieu par la foi. Il fallait plusieurs nuits d’amour .
NOTRE VIE: QUATRE NUITS D’AMOUR

– La première, c’est la nuit du monde, de l’histoire de la création. Il n’y avait rien mais Dieu dans sa tendresse de Père créa la lumière et le jour. C’est la nuit de notre histoire , de notre naissance, des événements qui ont tissé nos vies. ?
-Notre deuxième nuit d’amour est marquée par l’appel de Dieu au plus intime de nous mêmes comme pour Abraham.

Cet amour nous enveloppe, nous transforme et nous guide. Il nous pousse à devenir ce que nous sommes.
Comme Abraham, nous avons du tout quitter, notre famille, notre pays appelés par Dieu sans savoir où.
En lui faisant entièrement confiance pour nous guider et faire de nous ce qu’Il voulait.
Nous savions que c’était Lui qui nous choisissait pour cheminer avec lui sur le sentier des hommes, avec les petits, les derniers, les humbles, les sans nom et les sans influence. Nous avons été poussés là où nous n’avons jamais pensé aller.
-Notre troisième nuit d’amour est celle de notre Pâque :

Celle que nous vivons à présent.
Jésus nous demande de passer de la nuit de notre égoïsme, notre « moi, je » à la lumière du service très humble et à la rencontre mystérieuse avec Lui présent en chaque homme qui croise notre chemin à travers le monde.
-La quatrième sera la Rencontre définitive avec notre Bien Aimé, et nos frères en Dieu par Maman Marie.

Nous avons déjà lancé l ‘ancre de l’autre côté du voile « comme dit Saint Paul. Il nous reste encore à tirer la corde en gardant le vrai cap du service et de l’amour fraternel.
Pleins d’espérance, nous savons que l’aube du Jour Nouveau pointe déjà à l’horizon……
ECRIT EN 1988.
Pierre vivra sa pâque en 2018 et Raymond en 2021.

