Doris une jeune femme de la rue

Doris Nicolas et leur enfant

Pierre et Raymond, c’était la présence de Dieu sur la terre, la manifestation réelle de l’Amour de Jésus 

Doris qui a aujourd’hui 60 ans témoigne :

En rencontrant les Frères Jaccard, les  personnes de la rue ont pu vivre une véritable Résurrection.  

J’ai connu les Frères à une étape très difficile de ma vie.  Mon unique espérance était les sœurs adoratrices où comme beaucoup d’enfants et de jeunes filles, je m’étais réfugiée. Ma famille m’avait détruite. Il y avait dix bouches à nourrir.

Tout de suite, dès mon arrivée, j’ai pu apprendre à broder et à travailler dans différents ateliers de couture du soir pendant trois ou quatre ans.   A 14 ans, j’ai aussi appris à lire, à écrire. J’ai pu commencer à me relever et à passer mon bac puis faire des études d’infirmière. 

Dans  ce travail de reconstruction et de Rédemption de toute ma vie, la rencontre des Frères Jaccard a été importante.  Vous savez, quand vous passez par ce milieu, vous êtes complètement détruite. Et grâce à eux, j’ai retrouvé la vie.

Ils ont commencé par m’écouter, ce qu’ils faisaient d’ailleurs avec chacune de nous. Ils nous écoutaient profondément, pas seulement du bout des oreilles. 

On sentait qu’ils portaient avec nous nos grandes douleurs.  Ils étaient AVEC nous. Ils étaient des pères.  Je leur avais dit toute ma souffrance et que je ne pourrais plus jamais voir un homme en face parce qu’ils m’avaient fait trop de mal alors que je n’étais encore qu’une enfant de 14 ans.  J’avais déjà été vendue 17 fois.

Ils n’ont rien dit. Ils ont pleuré avec moi.  Ils ont souffert avec moi. Ils ont compati. Ils ont été des pères. 

La vie des frères Jaccard a été une donation totale. Cela consistait à la manifestation de Dieu, à la manifestation de son Amour  pour les autres. 

Oui, la Parole de Dieu est vivante et efficace. Elle devient efficace par mes actes. 

Dieu a besoin de nous, de nos mains, de nos jambes et de notre tête pour que son œuvre se réalise.  

Et il a manifesté son Amour à travers tous les gestes et les paroles des frères qui lui avaient donné leur vie pour sauver les autres. Chaque personne qu’ils rencontraient, c’était Jésus pour eux.

Un message important que j’ai reçu grâce à eux est que Dieu nous aime tels que nous sommes avec ce que nous avons vécu, avec toute notre histoire, toutes nos blessures.

Parfois je pleurais, parce que mon cœur était très sensible. Alors je parlais avec les Pères de ma situation personnelle et de mes blessures.

Ils me parlaient et me disaient :

-N’oublie jamais que si quelqu’un t’abandonne, Dieu, jamais ne t’abandonne. 

Il est toujours là. 

Il est dans ton cœur. 

Il t’a choisie. 

Il t’a Aimé le premier et Il t’Aime plus que tout. 

Tu es son enfant unique. 

Je suis la fille de Dieu. 

Après 39 ans, je revis ces moments où ils m’ont dit ces paroles. Je ne les oublierai jamais. Ils avaient une manière de le vivre, de te le dire que Dieu lui-même passait à travers eux et malgré nos vies détruites, on a pu se reconstruire.  

Je vois aussi que Pierre et Raymond nous ont remis debout mais pas sans nous.  Il fallait le vouloir. Il fallait y croire.  

Avec eux, nous avons aussi vécu de belles célébrations qui nous ont transformées. 

Au cours d’eucharisties festives, nous témoignions et nous revivions la parabole du fils prodigue ou des fêtes de la Lumière. 

On rejouait l’évangile avec notre existence. Et Pierre et Raymond nous donnait de la part de Dieu le baiser de la réconciliation, de la vie nouvelle. Cela a été des moments très forts.  

Leur œuvre est une œuvre de Rédemption. Ils nous ont donné le Cœur du Père Céleste, le seul qui pouvait nous racheter.  Ils nous  ont enracinés nos vies dans le Cœur du Papa du Ciel. 


Puis nous avons pu suivre un processus de nettoyage de la mémoire par la confession et par l’intervention de l’Amour divin. 

Si je me souviens d’un conseil que les Frères m’ont donné ? Mais il y en a tellement. Il y a tellement de choses. Sans parler, ils te transmettaient l’Amour de Dieu, le vrai Amour. 


J’avais deux papas pour repartir dans la vie. C’était un nouvel enfantement. Et les sœurs aussi comme sœur Luisa ont été un pilier pour revivre.

Ils m’ont soutenue pour mes études. Ils sont venus voir ma petite chambre d’infirmière. Alors que je ne voulais plus voir un seul homme, ils m’ont accompagnée quand Nicolas et moi ,nous nous sommes rencontrés et que nous avons pu envisager de fonder un foyer et une famille.

Nicolas, mon mari a lui aussi été marqué par eux. Il a été « adopté ». Avec eux, on se sentait adopté par le Ciel.
Ils nous mettaient dedans.

C’était tellement simple. Et tellement vrai. Ils sont venus célébrer notre mariage avec la Croix. Que de souvenirs merveilleux ! Ils ont  accompagné mes études, mon chemin puis maintenant mon mariage avec Nicolas qu’ils ont vraiment aimés lui aussi. On se sentait avec des vrais papas. Même si on ne se voyait pas beaucoup et si la vie fait qu’on ne peut pas beaucoup communiquer, on sait qu’on est dans leurs cœurs et cela suffit parce que eux te mettaient dans le Cœur de Dieu. Puis ils t’aidaient aussi à faire le chemin pour que tu sois un vrai missionnaire du Christ pour les tiens .

Pierre et Raymond avaient toujours le sourire. Un sourire qui t’apportait l’amour, l’amour du Christ. L’amour de Dieu. Sa paix, sa joie. 

Je n’oublierai jamais ma vie depuis ma rencontre avec eux depuis 40 ans. 

Ils ont prié pour moi, pour nous deux. Car je ne pouvais pas avoir d’enfants suite à tout ce que j’avais subi.  Et on m’avait découvert un cancer à l’utérus. Ils ont prié pour nous et sont venus un jour nous bénir avec de l’huile sainte. 

Ils ont demandé à Dieu de faire un miracle pour notre petit foyer. Et le miracle a eu lieu. Un jour avec Nicolas, nous leur avons écrit : « Jusqu’à présent, on vous a appelé papa mais bientôt, on pourra vous appeler grand papas…  

Avec eux, le miracle était tellement à portée de main, c’était le quotidien. Tu demandes à ton Papa du Ciel. Il t’écoute et Il agit… Rien ne leur faisait problème.

Si la vocation de Pierre était « Dieu seul» , la vocation de Raymond était : «Et les autres » Et c’était aussi la mienne.

« Et les autres et les autres et les autres. » Je peux dire que je possède peu de choses, mais il y a toujours des personnes qui ont moins. Beaucoup de personnes pensent qu’il faut donner quelque chose du matériel. Mais l’essentiel, c’est de donner l’amour.

Pierre et Raymond, c’était la présence de Dieu sur la terre, la manifestation réelle de l’Amour de Jésus. 

Ils sont disciples de Jésus. 

Ils respirent, ils transpirent  l’amour de Jésus. Vous ne pouvez pas imagier notre situation, ce que nous vivions.  

Et eux à travers, la confession, l’eucharistie, l’écoute, l’amitié, te font resurgir ton identité chrétienne, divine la plus profonde.

C’était la mission du Christ. Ils agissent comme tel. 

Grâce à eux, et grâce aux sœurs, nous les filles, nous avons pu nous reconstruire. À leurs yeux, nous étions, et nous avons toujours été des filles de Dieu, des enfants de Dieu. 

Ils voyaient en nous le Christ souffrant alors que dans le monde nous n’étions que des poubelles et de la merde. 

Toutes, et tous, nous avons retrouvé notre dignité. C’est une œuvre de Dieu très grande et miraculeuse à laquelle ils avaient consacré leur vie. 

Et je sais qu’ils nous portaient constamment dans leur prière et dans leur adoration de jour et de nuit pour que toutes nous soyons sauvées.  

Aujourd’hui, j’ai une fille de 31 ans qui est actuellement en Espagne et qui fait des études. Et j’ai un fils de 17 ans. Grâce à Dieu j’ai pu mettre au monde de deux enfants. 

Huit ans plus tard, on découvre que je suis atteinte de la maladie de Guillain-barré qui atteint les nerfs et est une maladie immunitaire. Pendant trois mois, mon mari a dû m’aider. Mais j’ai gardé confiance. J’ai prié comme les frères m’ont appris et m’ont conseillé. Et aujourd’hui, cela va mieux.

Ce qu’ils ont fait pour moi, ils l’ont fait toutes, pour des milliers d’autres des lépreux abandonnés, des enfants polios, des amputés de guerre et combien de petites sœurs de la rue comme moi. 

Mais chacune se savait aimée de manière unique comme le Père du ciel aime chacun de manière unique. 

Avec eux, le ciel entre dans ton âme.Et ils aimaient vraiment chacun de l’amour de Dieu.