Que dire: « Amen? …Alléluia? »

La première fois que j’ai rencontré le Père Raymond, je traversais une période

douloureuse. Mon mari venait de m’avouer après 27 ans de mariage, qu’il était addict au porno depuis

son adolescence et ce quotidiennement. Quotidiennement , vous imaginez:

au travail, pendant que j’endormais les enfants, pendant que je cuisinais…

Toujours sur son ordinateur prétextant qu’il travaillait.

Par son métier, il voyageait beaucoup. Souvent trois semaines à Las Vegas et à son retour, il était inapprochable.

Les enfants devaient le laisser tranquille tant il était fatigué. Et moi qui pensais qu’il se donnait corps et âme à son travail pour sa famille.

Puis ils m’a appris d’autres horreurs…. (prostituées en nombre, et bien d’autres choses) Quand j’ai appris tout cela, j’étais par terre. Ma vie entière s’écroulait. Lui, était comme un camion poubelle qui reculait et déversait des tonnes d’ordures sur moi alors que je ne pouvais pas fuir.

La douleur que je ressentais m’avait replongé dans ma jeunesse qui n’avait été que souffrance, humiliation, rejet et violence.

J’avais tout fait pour créer une famille d’amour, car je ne voulais pas que mes enfants vivent ce que j’avais vécu. Je m’étais dévouée et non sacrifiée.

J’étais en larmes à terre et lui, mon mari, le père de nos enfants continuait de

déverser tout ce qu’il avait décidé de ne plus contenir.

Affalée par terre, je réalisais que je n’étais qu’une souillure sur laquelle on

pouvait déverser de la haine, des coups puis des trahisons et encore des

humiliations. J’étais dans le chaos.

Il m’a fallu très longtemps pour que ma tête enregistre les flots d’horreur qui

m’avait immergé.

Mes vingt sept années de vie commune s’écroulaient de la même façon, tout

mon vécu à ses côtés n’avait été que mensonge même celles que je croyais être

les plus belles années de ma vie lorsque nos enfants étaient en bas âge.

J’étais la femme la plus stupide que la terre eut à porté, une moins que rien, je

n’avais rien vu, rien vu du tout.

Le choc était violent, j’étais anéantie, pourtant il me fallait continuer de

m’occuper de nos trois enfants, seule.

Une amie m’a dit, « Il faut aller à l’église pour

la messe de Pâques ».

C’est à ce moment que j’ai rencontré le père Raymond alors que je traversais le

pire de ma vie. Une rencontre incroyable qui a tout transformé.

Vénération de l’Evangile chez les soeurs avec les frères Jaccard

Au cours de cette cérémonie, nous devions descendre de la tribune

pour recevoir l’eau bénite de Pâques . J’étais dans la file et en

attendant mon tour je guettais les personnes en avant pour savoir quoi faire,

quoi dire car je n’étais pas habituée aux églises . En avançant dans la file, de temps en temps, je me penchais en avant pour guetter la réponse à dire. Le Père Raymond m’a remarquée. Et chaque fois que je me penchais en avant, lui aussi, se penchait

pour répondre à mon mouvement.

J’avais l’impression qu’il jouait, il était souriant. Je me demandais quel était cet étrange curé qui agissait ainsi.

Puis est arrivé enfin le tour de me faire

bénir. Et je ne savais pas que faire, que dire « Amen, alleluia??? »

Il a répété une petite phrase qu’il disait à tout

le monde et m’a aspergé d’eau bénite avec une petite branche de buis,.

Puis il m’a dit : « Sais-tu que Jésus t’aime ? Qu’il t’aime vraiment ».
Ça, il ne l’avait pas dit aux autres. Ces quelques mots m’avaient intriguée, pourquoi m’avait il dit ça ?

Pourquoi à moi ? Ma mort était donc si proche car j’avais une masse au poumon?

Au moment de la communion, le Père est monté pour donner l’Hostie. Mon amie me chuchotait de mme mettre dans la file et de croiser les bras sur ma poitrine.

Il me semblait bien être baptisée mais ce qui est sûre, c’est que je n’ai pas passé ma

communion.

– Viens quand même et quand tu arriveras devant le Père, tu mettras tes bras

comme ça » m’avait elle dit en croisant ses bras sur sa poitrine. Je l’ai donc

suivit sans avoir eut le temps de lui demander ce que je devais dire. Il avait dans une main une coupe remplie d’hosties

de l’autre il les offrait. Face à lui, j’ai aussitôt croisé les bras, le Père Raymond a

donné la coupe à une sœur et a pris mon visage entre ses mains.

– Est-ce que tu sais que Jésus t’aime ? m’a-t-il répété.

Là, je me suis dit :

– Ah ! mon Dieu, mais est-ce qu’il y a vraiment quelque

chose ? »

Je ne me souviens plus ce que j’ai bafouillé

Je sais juste que je ne

devais pas être belle à voir car je portais tant de blessures. Curieusement j’avais

l’impression que le Père était le seul à voir autre chose que ma souillure. Il y

avait beaucoup de monde je me contenais et baissais la tête pour retourner

dans mon coin. Tout les fidèles s’étaient rassis.

A la fin de la messe, le Père partait en procession avec des soeurs. Il a quitté la procession. il s’est faufilé comme il a pu entre les chaises car il marchait difficilement. . Il a repris mon visage entre ses mains et m’a répété que Jésus m’aimait vraiment.

J’étais bouleversée de cette attention. J’avais envie de pleurer mais il y avait tous ces gens. J’étais

gênée et en même temps abasourdie, « Jésus t’aime » Là ,on me parle d’un amour

qui ne peux être que fidèle.

Une fois l’office terminé, tout le monde est sorti. Je voulais en faire autant mais

j’attendais mon amie qui était agenouillée et priait avec ferveur les mains

jointes . J’ai patienté et fini par sortir discrètement. Une fois

dehors, je n’étais pas au bout de mes surprises. Sur le côté de la cour, le Père

Raymond était encerclé par quelques sœurs et de nombreux fidèles.

Discrètement, je me suis donc isolée à l’opposé de l’attroupement pour

attendre mon amie. Mais le Père m’a vu, il a aussitôt fait des grands gestes pour

se frayer un passage parmi son halo d’admirateurs afin de me rejoindre une fois de

plus. J’étais très gênée d’avoir attiré son attention, gênée et surtout intriguée

qu’un tel homme me prête autant d’attention. Les Soeurs le suivaient pas à pas.

Je n’oublierai jamais son sourire. Il n’y avait pas que sa bouche qui souriait,

Tout son visage souriait.

– Jésus t’aime m’a t il encore annoncé.

Il m’a demandé mon prénom qu’il a répété en me regardant avec son beau

sourire. Il y avait tant de bonté sur son visage, tant de douceur, i

I semblait être

émerveillé. Je le trouvais émouvant. J’avais envie de lui confier mes malheurs mais

ils étaient si nombreux si malsains et j’avais tellement honte de ce que je

traversais, honte de ce que j’étais. L’envie de m’alléger me tenait en

permanence mais ce fardeau ne se racontait pas.

Nous avons échangé quelques courtes paroles, puis il m’a demandé si j’avais

un chapelet. J’en avais trouvé un dans la vieille maison que mon mari et moi

avions acheté mais il était cassé. Alors, tout naturellement, le Père a abaissé la

capuche de sa soutane. Derrière lui les Sœurs se lançaient des regards

interrogatifs. L’une d’entres elles finit par l’aider car il avait du mal à jeter sa

capuche en arrière. Ma première réaction fut d’avoir peur qu’il attrape froid,

son crâne était dégarni, sa peau semblait fragile, par endroit très vieillissante.

Toujours en souriant, le Père Raymond a retiré son chapelet. Les sœurs en

arrière étaient vraiment surprises.

Le chapelet, contrairement à tous ceux que

j’avais vu, était très coloré, du rouge, du vert, du jaune, du bleu, du

pourpre….décidément, je trouvais ce Père Raymond particulier.

J’ai reçu ce chapelet avec beaucoup d’émotion, comme si j’étais en haut d’un

podium et que l’on me remettait la médaille d’or alors que j’étais loin d’être

une athlète. Je recevais mon premier chapelet. Je l’ai toujours. C’était beaucoup plus qu’un

collier de perles de l’église..J’ai immédiatement réalisé qu’il se passait quelque chose. Peut être de l’espoir

dans mon cas.

Sur le retour, je n’ai pas lâché la Croix en bois sombre, je n’arrivais pas à croire

ce que je venais de vivre. « Jésus t’aime, Jésus t’aime ».

Mes enfants et mon mari étaient à la maison, j’ai raconté ce qu’il m’était arrivé

dans les moindres détails. J’ai montré … MON chapelet.

Je leur disais que je ne comprenais pas pourquoi j’avais reçu un tel cadeau,

pourquoi moi ? Je ne le méritais pas.

Le chapelet avait L’odeur du Père Raymond. Pas évident à décrire, cela me

faisait penser à une huile essentielle, peut être cette fameuse huile sainte ?! ça

sentait bon. Je n’osais pas le porter longtemps, surtout quand il faisait chaud, je

tenais à ce que cette odeur reste.

Le plus beau était l’histoire de

ce chapelet, ce sont des prostituées du Mexique qui l’avaient offert au Père

Raymond, cela m’a fait sourire, j’imaginais les deux frères apporter leur aide et

soutiens auprès de ces femmes. C’était merveilleux. J’ai un très beau chapelet.

Par la suite je rendais visite au Père Raymond, je venais toujours avec un panier

de produits bio, pour sa santé, parfois, je faisais des biscuits pour lui et toutes

les soeurs. Dès que j’arrivais dans la petite maisonnette à côté de La Chapelle,

Soeur Massabielle et le Père Raymond m’accueillaient, peu importe l’heure à

laquelle j’arrivais. J’avais toujours une assiette, un couteau, une fourchette et un

verre. Je trouvais cela tellement généreux. A côté de la cuisine, il y avait une

petite pièce dédiée à Marie et Jésus, Il y avait plusieurs photos et des prières

écrites en gros. Le Père m’y conduisait, il prenait le temps de m’écouter mais je

n’avais pas grand chose à dire et préférais écouter ses témoignages, ses

souvenirs provenant du monde entier. Même si je ne comprenais pas tout ce

qu’il me disait car sa prononciation était fatiguée contrairement à sa foi. Tout

son vécu invraisemblable était à chaque fois des leçons de vie, d’humanité. Et

son sourire intarissable, à chaque fois que je repense au Père Raymond, je

souris en pensant au sien. Il avait un sourire qui faisait du bien, c’était commeun sourire d’enfant qui s’émerveille, un sourire de soulagement après avoir

réussi une mission, un sourire innocent qui donne envie de le protéger et en

même temps de s’y blottir pour se reposer. C’était comme des bras qui vous

enlacent. Dans cette étreinte, j’étais quelqu’un, j’existais et j’étais toujours

attendue. Un beau sourire !

J’étais marquée par ses histoires de missions.

Il y avait l’histoire de cet enfant en Afrique qui était le seul parmi ses frères et

sœurs à ne pas avoir de nom car handicapé, il ne pouvait pas se tenir debout.

Le Père Raymond l’avait sorti de dessous la table et avec sa mère ils avaient

conçu un corset avec un saut. Le lendemain, pour la première fois la Mère

l’avait sortit à l’extérieur de sa maison. Les voisins en le voyant devant sa porte

lui demandait qui était il. Elle répondait qu’il était son fils et « qu’ils l’avaient

déplié pendant la nuit. »,

Une autre histoire lorsqu’ils avaient risqué leur vie en entrant dans des tripots

en Amérique latine pour sortir des fillettes qui se prostituaient. Une Homme

avait sur ses genoux l’une d’entres elles et le Père Raymond tentait de le

raisonner :

– N’as tu pas des enfants ? Des filles du même âge ?

– Oui, mais elle, c’est pas pareil.

Père Raymond ne lâchait pas. Il avait pu sauver quelques unes de ces enfants,

l’une d’elle était même devenue avocate.

Des histoires invraisemblables,

Le Père en avait d’innombrables, il m’aurait fallu

plusieurs vies pour accomplir tout ce que lui et son frère ont fait. Je basculais

dans un autre monde à chaque fois que je lui rendais visite. Je ne m’étalais pas

avec mes petits tourments si ternes en comparaison de ses histoires.

Grâce au

Père Raymond, petit à petit je me suis mise à prier davantage, toujours dans ma cathédrale verte, la forêt. Chaque jour je m’évadais sur les flancs de la montagne pour évacuer les débordements de mes tristesses et colères qui me traversaient.

Parfois, Soeur Massabielle, qui s’activait toujours, n’était pas disponible car en

plus de prendre soin du Père Raymond, elle accueillait des personnes venues

de l’étranger, ou gérait le site des Frères Jaccard ainsi que de nombreuses

publications et courriers diverses. Alors je m’occupais de la vaisselle qui parfois

s’accumulait raisonnablement.

Ce qui me faisait beaucoup rire à ce moment là, c’est lorsque le Père recevait

lui même les visiteurs, souvent des paroissiens qui arrivaient avec un cadeau.

Une Sainte Vierge taillée dans la pierre, une autre dans un bois fruitier ou un

objet religieux. Le Père était toujours sincèrement heureux et reconnaissant de

les recevoir, il les contemplait avec son sourire d’enfant ébahi puis, lorsque les

personnes partaient et que d’autres arrivaient, le Père, qui tenait toujours le

cadeau, l’offrait aussitôt aux nouveaux arrivants qui étaient à leur tour comblés

et honorés. Je riais à chaque fois. Le Père Raymond s’allégeait de tout ce qui

était matériel il était tellement comblé d’amour par sa foi. I connaissait

tellement l’essentiel qu’il n’y avait aucune place pour le reste.

Ma mère aussi redonnait systématiquement les cadeaux que je lui offrais. Elle

ne les déballait même pas afin de les offrir à d’autres personnes. Mais ce n’était

pas dans le même esprit. Il n’y avait aucun sourire, juste du dédain et tant qu’à

faire, cela lui permettait de ne pas dépenser pour faire plaisir à autrui.

Dans ces gestes qui semblaient similaires, il y avait d’un côté la fluidité de la

générosité et de l’autre un blocage d’amour et l’avarice.

Je me disais que le Père Raymond avait raison, que cela pouvait être beau de

faire circuler un cadeau, de s’approprier l’essentiel de l’acte généreux du

donneur, de se nourrir de la satisfaction de savoir qu’une personne a pensé à

nous puis faire circuler le présent pour prolonger le plaisir.

La vie bien comblée du Père Raymond m’émerveillait et m’extrayait de mes

tourments. C’est la première fois que je rencontrais une personne si dévoué à

ses semblables. Que c’était beau. ( Tens ça, il le disait souvent, « c’est

beauuuu! »)

C’est une chance de l’avoir rencontré car sa foi, sa bienveillance, son amour

universel, son émerveillement, tout ce qu’il était et représentait me faisaient

l’effet d’une prothèse, comme celles qu’il fabriquait en Afrique. Celle qu’il m’a

fait dans la masse de son amour, ma permis de ne pas fléchir face aux épreuves

que je traversais. Je ne suis pas devenue invincible, loin de là mais sa foi m’a

donné une force à laquelle je m’agrippe. J’aime égrainer son chapelet fait par

les prostituées du Mexique en priant, cela m’apporte toujours du réconfort. Je

ne le fait certainement pas dans les règles de l’art, je me trompe de prière,

oublie des phrases bien que je m’applique mais le fond est là. Quand on prie,

on ne peux pas se mentir, il n’y a rien de plus vrai, de plus essentiel lorsqu’on

entre dans une prière. Ça fait du bien, c’est reposant, ressourçant. J’ai passé

tellement de temps à me camoufler derrière une image préfabriquée pour

cacher ma honte ou ma fragilité.

Avec le père Raymond, je ressentais quelque chose de nouveau, j’étais légitime

pour Dieu. Heureusement que je me suis tournée vers lui parce qu’avec tous les

gouffres que j’avais, j’aurais pu basculer et sombrer, au lieu de cela, je me

remplissais de bonnes choses.

Il m’a donné une force pour appréhender le problème initiale de ma vie. Car je

vois à présent que tout découle de celui ci. De mon enfance dépourvue

d’amour, rien ne m’a permis d’élaborer un socle solide sur lequel j’aurai pu

m’élever pour devenir une adulte accomplie. Très jeune j’ai été amputée de toute

confiance en moi. J’ai toujours été comme un diable dans l’eau bénite, à me

débattre pour montrer que j’existais.

Mais peu importe ce que je faisais, les efforts fournis, ma mère ne me voyait

qu’à travers sa défaillance psychologique. (C’est mieux de dire cela ainsi.)

L’avantage est que je n’ai jamais envie de retourner en arrière, de revivre mon

enfance, je préfère ce qu’il y a devant.

Habituée à faire de mon mieux, à me dépasser continuellement pour prouver à

cette mère que j’étais une personne dévouée, travailleuse, honnête que l’onpouvait me faire confiance, afin qu’elle me voit, qu’elle me reconnaisse, qu’elle

cesse de me considérer comme « une salle petite garce » (c’était ainsi qu’elle

m’appelait lorsqu’elle était en colère dès mes quatre ans.) Je voulais effacer

l’image de la cancre que j’avais bel et bien été car mon niveau scolaire n’a pas

dépassé le CM2. Et

pourtant, sans diplôme, j’ai réussi à être professeur de français dans une école

privé, j’enseignais surtout pendant plus de dix ans l’histoire de l’évolution de la

beauté de l’antiquité à nos jours, l’histoire de l’art et l’art appliqué dans des

écoles d’esthétique et de coiffure. Comme cela était étrange, moi qui étais si

laide aux yeux de ma mère, je côtoyais la beauté quotidiennement.

Malgré l’absence de sa considération je n’avais jamais lâché prise, j’allais lui

faire son ménage toutes les semaines et continuais à le faire même après qu’elle

soit allée jusqu’à répandre son excrément à terre pour que je le lave.

Depuis longtemps mes enfants ne voulaient plus aller chez leur grands parents,

ils voyaient ce que je refusais de voir.

Par la suite, après avoir quitté le domaine étudiant on m’a confier les clés et le

code d’accès d’un musée qui pesait des plusieurs millions. Malgré toutes ces

preuves de confiance, de mon évolution, ma mère n’a pas résisté à la haine

qu’elle me vouait, elle réussit enfin à me chasser définitivement, me bannir de

sa vie. Elle m’avait toujours rejeté, cela a commencé lorsque j’étais dans son

ventre, elle sautait sur les rochers « pour me faire passer », mais la petite chose

était solidement accrochée.

A défaut d’être là, il fallait bien que je serve à quelque chose alors très tôt elle

m’avait appris à faire le ménage. À cinq ans j’avais déjà une certaine

connaissance dans la matière. J’étais devenue sa femme de ménage et surtout

son passé colère, son défouloir.

La ténacité de l’embryon s’était répercutée sur mon être physiquement aboutie

dans l’espoir d’obtenir ce dont tout être humain a besoin, de l’amour.

Cet ultime rejet m’a épouvantablement éprouvé, tous mes efforts étaient donc

stériles, tout du moins c’est ce que j’avais cru durant près de deux ans pour

enfin me rendre compte que je ne m’étais pas battue pour rien. Que si cette

femme n’avait pas voulu voir mon dévouement, ma loyauté, mon honnêteté et

bien j’avais décidé de me les approprier. J’étais le fruit de mes efforts et suis

cela.

Même chose concernant mon ex mari, j’ai élevé nos enfants avec amour,

sincérité, le bonheur que j’ai connu auprès d’eux était authentique, entier ce

n’était plus moi qui était souillés mais lui, le père de mes enfants, lui, ses actes

ses mensonges. Pauvre homme il est passé à côté d’un si grand bonheur.

Je leur redonnais ce qui leur appartenait. J’ai réalisé tout compte fait, que de

m’avoir rejeté était le plus beau cadeau que tous deux m’offrait. Je n’avais plusà subir leur absence d’amour, leur humiliation, une nouvelle vie s’offrait à moi.

Je ne vieillirai pas à leur côté. Je pouvais construire ma vie telle que je la

concevais.

Si j’avance de plus en plus dans la foi, le Père Raymond y est pour quelque

chose. Tout est tombé à point, que la vie est bien faite, alors que je devais me

reconstruire je rencontre à ce moment précis des personnes qui par leur simple

présence me confortent dans la direction à prendre. Je n’avais qu’à les regarder,

le Père Raymond, son frère, le Père Pierre et Soeur Massabielle, des êtres dont

l’ADN est dépourvue de méchanceté, ils sont amour à part entière.

Leur présence rassure, console et m’enseigne de rester sur le chemin de

l’amour. J’ai des images que je n’oublierai jamais, le regard si beau si puissant

du Pere Raymond lorsqu’il me disait que Jésus m’aimait, lorsqu’il passa autour

de mon cou son chapelet de couleur, Soeur Massabielle souriante même dans

la précipitation de ses multiples tâches et enfin une image que je chérie tout

particulièrement : le Pere Raymond venait de subir une opération importante.

Nous étions nombreux à prier pour lui. J’avais demandé à Marie de se glisser

dans les mains du chirurgien pour l’accompagner, par la suite le Père est allé à

Rumilly dans une maison de repos et je les ai vu, les deux frères marcher

lentement main dans la main dans le jardin de l’établissement. Qu’ils étaient

beaux ! D’habitude, on voit des amoureux marcher main dans la main, des

enfants ou des couples mais deux vieux frères ! Mon Dieu que c’était beau.

C’était si puissant !

FinMa mère m’avait toujours rejeté, cela a commencé lorsque j’étais dans son

ventre, elle sautait sur les rochers « pour me faire passer », mais la petite chose

était solidement accrochée.

A défaut d’être là, il fallait bien que je serve à quelque chose alors très tôt elle

m’a appris à faire le ménage. À cinq ans j’avais déjà une certaine connaissance

dans la matière. J’étais devenue sa femme de ménage. J’étais capable

d’épousseter, de lustrer, de laver des week end durant pendant que j’entendais

ma sœur et mes frères jouer dehors. Le pire, c’était l’aspirateur, il manquait

l’embout et il m’incombait de le passer sur le tapis rouge de la salle à manger. A

quatre pattes je le frottais et me griffais les mains contre les pieds de la table et

des chaises dont la base était en laiton taillé en pointe. A chaque fois je me

faisais des petites entailles, je détestais ça mais ce n’était pas le pire. Le pire

c’était elle, toujours en colère, elle marmonnait tout le temps et parfois je

prenais une claque derrière la tête, comme ça, parce qu’elle avait une mauvaise

pensée qui traversait la sienne. À l’époque je croyais que s’était de ma faute

alors je m’appliquais davantage. Je n’avais jamais un compliment, encore moins

de remerciement, j’étais en permanence dans la peur. Elle vérifiais derrière moi

en passant le petit doigt dans les recoins à l’affût d’une poussière oubliée qui lui

donnerait l’occasion de me crier dessus. Il n’y avait pas besoin de poussière car

crier était sa zone de confort.

Puis à mes treize ans nous avions déménagé, ma sœur et moi avions chacune

notre chambre, nous n’avions plus à dormir dans le même lit, je pouvais

décorer ma chambre à mon goût. Sur des œufs évidés j’avais peins des

paysages miniatures de la rivière de la Valserine au bord de laquelle je passais

mes écoles buissonnière. J’avais remonté des galets et un beau gros cailloux

pour décorer ma chambre. Sur l’un d’eux j’avais collé un bâton de réglisse à

moitié mâchouillé en guise de cocotier, c’était mon île. Mais ma mère avait

décidé que ma chambre était son sasse de décompression. Elle passait ses nerfs

à tout casser, le panier avec les œufs peints était en miette, le rocher par terre,

elle fouillait sans arrêt dans ma chambre.

Plus tard, quand l’adolescence m’a traversée, je fuguais, je dormais dans les

halls d’entrée des immeubles. A l’époque il n’y avait pas d’interphone ou

digicode. Le plus chaud c’était l’immeuble des impôts en face de la place du

marché. Par contre j’avais toujours peur que quelqu’un me découvre en allant à

la cave.

Ma mère m’a rejeté de multiple façons, la première en me différenciant de mes

frères et sœur, j’étais accoutumée aux reproches, aux insultes aux rabaissements

et humiliations.

Mon père m’a confié beaucoup de chose avant de mourir.

Mon absolue manque de confiance j’acceptais d’être rejetée, bafouée.

J’avais eu un décollement du poumon.Mon ex mari voulait me mettre par terre. Il y a eu beaucoup de manipulation. Il

me coupait de tout le monde. Il n’a jamais pris les enfants et n’avait plus de

contacts avec eux. Il vidait les comptes. Septembre 2014, il avait vidé les

comptes. Je ne pouvais même pas acheter une baguette pour mes enfants.

Je me suis battue et j’ai dû travailler sans avoir un seul moment de repos.

Je ne sais pas comment j’ai fait pour sortir de là. Je me sentais tellement

souillée. Je préparais des cours de dessin et j’allas faire des ménages. Je me

couchais à minuit et je me levais à 5h.