« Au fond, et c’est très important, dans tout ce que nous faisons, nous essayons de discerner le doigt de Dieu. Nous n’avons pas de plan d’action tout fait. Nous essayons toujours d’être à l’écoute des personnes rencontrées, des événements, des situations. Quand nous comprenons ce qu’il faut faire, alors nous essayons de répondre en pensant que c’est véritablement Jésus qui appelle. Le plus important c’est cette fidélité au réel. Il nous faut véritablement croire que Jésus est totalement entré, par son incarnation, dans nos vies et nos histoires d’hommes. Constamment, il lance ses appels : à nous de répondre.

Un homme nouveau : le lépreux opéré et appareillé.

Et, pour nous aider à saisir l’appel et à répondre, il ne faut pas négliger deux points très importants : la prière et la lecture de l’Evangile.

Temps d’Adoration au Vietnam

Dans les villes, les villages, les camps de réfugiés, les léproseries où Jésus nous envoie, le rythme de nos journées est identique. Nous nous levons vers cinq heures pour dire le bréviaire, prier le chapelet et assurer une adoration eucharistique d’au moins une heure avant de commencer notre travail manuel. Ce premier temps de prière est essentiel. Il nous permet de nous mettre face à ce que Dieu et l’Eglise nous demandent. Quand on doit travailler dans un milieu humain si blessé, si détruit, il faut vraiment y aller, porté par le souffle d’Amour, afin de faire découvrir que Dieu n’est qu’Amour. On ne voit plus, alors, l’aspect de la personne handicapée et on comprend vraiment que le grand handicap de l’homme, c’est d’être coupé de Dieu.

Prière du chapelet dans la léproserie de Ben San (Vietnam)

La vie de foi devient alors un abandon total à celui qui voit pour nous, qui pense pour nous ou, plutôt, avec nous. Notre expression d’homme est si limitée que, bien souvent, seul on ne voit pas plus loin que le bout de son nez, que le bout de ses doigts. Mais, si nous fermons les yeux et nous mettons en prière, alors, nous entrons dans la vision de celui qui connaît le fond des cœurs, de celui qui est encore loin, nous nous mettons à l’aimer. Présents à Dieu, nous sommes présents à tous les hommes.

Père Pierre avec les sœurs lépreuses en Colombie

Il n’y a plus qu’à suivre. Toute notre vie doit devenir obéissante, « filiale » ; notre prière, notre travail, notre façon de parler. Célébrer l’eucharistie, fabriquer une prothèse, opérer un malade, c’est toujours servir Dieu. Quand nous soignons quelqu’un, c’est toujours devant Dieu que nous nous agenouillons. « J’étais malade et vous m’avez soigné… » dit Jésus dans l’Evangile. Et l’amour est contagieux…

 

Les malades réapprennent le travail

Humainement, il ne nous serait jamais venu à l’esprit d’aller à Astrakhan en Russie, ni au Vietnam, et tant d’autres endroits…

Mais c’est à l’occasion de rencontres avec des personnes nous invitant impérativement à planifier une mission, que nous avons pu lire la volonté de Dieu, l’accepter et d’y répondre.

Les frères Jaccard en Sibérie